Une page se tourne

Nicolas Chéron

Une page se tourne

10 JANVIER 2018
Par Nicolas Chéron,  Responsable de la Recherche Marchés pour Binck.fr

L’année 2017 a été une année porteuse pour les marchés actions. Le CAC40 gagne un peu plus de 10% sur l’année (à la date du 22 décembre) et le SP500 enregistre quant à lui une hausse de près de 20%. Au fil des trimestres, macroéconomie et microéconomie se sont améliorées, les résultats des entreprises ont été à la hauteur et les indicateurs des activités manufacturières comme des services ont enregistré une nette progression dans pratiquement toutes les zones économiques.

Parallèlement à cela, les indices ont démontré une solidité à toute épreuve quant aux risques politiques et géopolitiques : ni le divorce du Brexit, ni la Corée du Nord ou encore les déboires d’Angela Merkel à former une coalition n’ont eu d’impacts négatifs durables. Les marchés semblent imperméables aux mauvaises nouvelles, soutenus par des Banques centrales toujours à la manœuvre, en soutien. Car même si la Réserve fédérale américaine a arrêté son plan d’assouplissement quantitatif et relève progressivement ses taux, les Banques centrales européenne, japonaise et chinoise ont pris le relais et continuent d’abreuver les marchés en liquidités, tous les mois.

Un soutien permanent

Comme vous pouvez le constater sur le graphique ci-dessous, le bilan de la Banque centrale européenne continue de croître et dépasse désormais les 4000 milliards d’euros, soit un tiers du PIB de la zone Euro. Il est difficile de concevoir une chute des marchés actions tant que des injections de plusieurs dizaines de milliards d’euros auront lieu chaque mois. L’année 2018 sera potentiellement charnière sur ce sujet, car les anticipations des opérateurs plaident pour un ralentissement puis un arrêt des politiques d’assouplissement quantitatif en Europe et au Japon. Aussi, nous pourrions atteindre un « pic liquidité » en 2018 c’est-à-dire que les montants déversés par les Banques centrales pourraient arrêter de croître, pour la première fois depuis la crise de 2008. Nous verrons alors si les indices arrivent à voler de leurs propres ailes, sans soutien permanent.

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Graphique du bilan de la BCE depuis janvier 2008 – source Bloomberg décembre 2017

La véritable raison de la hausse

Alors que le Président américain Donald Trump s’est souvent attribué le mérite de la hausse des indices américains cette année, nous pensons que la véritable raison de la hausse des marchés actions dans le monde a été principalement due à une violente reprise haussière des bénéfices des entreprises.

Sur le graphique ci-dessous, vous pouvez constater que les bénéfices des entreprises dans le monde ont graduellement baissé de 2015 à 2016. Les économistes ont alors craint la fin d’un cycle économique et boursier et l’éventuelle apparition d’une récession. Heureusement, ce scénario a été écarté dès les résultats du premier trimestre 2017, avec une reprise progressive des bénéfices des entreprises, jusqu’à ce que ces derniers approchent puis dépassent leurs records historiques des 10 dernières années. C’est donc un scénario macroéconomique idyllique qui s’est développé portant ainsi les actions américaines sur des records historiques, les actions japonaises sur des plus hauts de 20 ans et celles du CAC40 à leur niveau de janvier 2008, avant crise. Aussi, il conviendra de suivre les publications des entreprises en début d’année pour constater si les grands groupes continuent de réviser leurs anticipations à la hausse ou si la prudence devait faire son retour.

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Graphique des bénéfices des entreprises par action sur 12 mois glissant depuis 2006 - Source Factset décembre 2017

Trop vite trop haut ?

Début 2016, la capitalisation mondiale du marché action flirtait avec les 60 000 milliards de dollars alors que le PIB mondial était de 75 000 milliards de dollars. Fin 2017, alors que le PIB mondial a gagné un peu plus de 3% par an, la capitalisation mondiale approche des 100 000 milliards de dollars, soit une appréciation en quasi-ligne droite de 60%. L’absence de facteurs baissiers et les nombreux points évoqués ci-dessus ont permis cette forte appréciation. Mais se pose désormais une question clé : ce mouvement est-il soutenable, d’autant plus sans corrections intermédiaires ?

Car si les marchés haussiers naissent dans le pessimisme, il est également connu que les marchés haussiers meurent dans l’euphorie. Or, à l’étude de la courbe ci-après, nous sommes en mesure de nous demander si nous ne sommes pas dans une phase d’euphorie, phase où les opérateurs courent après le papier par peur de manquer une éventuelle poursuite de la hausse, engendrant ainsi une accélération des cours.

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Graphique de l’indice Bloomberg world stock market cap depuis 2013 – source Bloomberg au 2 décembre 2017

Méfions-nous de l’eau qui dort

Indicateur de risque communément appelé « l’indice de la peur », le volatility index ou VIX a passé l’année sur ses plus bas historiques. Cet indice calculé sur la variation du spread des options basées sur les actions du SP500 permet de mesurer si les opérateurs sont stressés ou complaisants et il s’avère qu’ils n’ont jamais été aussi confiants que ces derniers trimestres. Pour la première fois de l’histoire, le VIX a passé plusieurs mois sous le seuil psychologique des 10 points. Chaque poussée haussière, chaque tension aura été l’occasion pour les investisseurs de vendre de la volatilité et d’anticiper son retour sur les plus bas. Or, une faible volatilité est la caractéristique d’un marché haussier. Autrement dit, tant que le VIX restera bas, les marchés pourraient rester positivement orientés. Et à l’inverse, un fort décalage haussier serait un potentiel signal de retournement sur des indices qui montent sans respirer depuis des mois.

Cette situation nous fait penser à celle d’une marmite en ébullition et même s’il est aujourd’hui impossible de deviner quel phénomène exogène déroutera les tendances en place, nous pensons qu’il faut garder un œil attentif à ce type d’indicateur de risque qu’est le VIX. La complaisance est une chose, mais il suffirait qu’elle se transforme en excès de conscience pour que les marchés rappellent les opérateurs à l’ordre. La notion de cyclicité en bourse est à ne pas oublier, et penser que des corrections boursières comme en 2000 et 2008 pourraient ne plus arriver nous semblerait totalement déraisonnable.

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Graphique du VIX depuis 1990 – source Bloomberg au 11 juin 2017

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Avertissement

© Photo Philippe Dureuil

Article achevé de rédiger le 10 janvier 2018.

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