L'analyse graphique : une boussole en période de forte volatilité

Nicolas Chéron

Une boussole en période de forte volatilité

9 AVRIL 2018
Par Nicolas Chéron,  Responsable de la Recherche Marchés pour Binck.fr

Bercés par la hausse des indices en 2017 et des fondamentaux au beau fixe, les investisseurs se sont laissés porter par le courant haussier venant des Etats-Unis jusqu’au 2 février dernier, date à laquelle tout a changé. Du jour au lendemain, la volatilité, jusqu’ici historiquement basse, s’est littéralement envolée, les perspectives haussières se sont évaporées, le stress a fait son grand retour et les indices ont perdu pied en quelques séances. Ce ne sont pas tant les fondamentaux économiques qui ont changé en 24 heures mais bien la perception des opérateurs. Or, dans ce type de situation bien particulière, il n’est pas nécessaire d’étudier les résultats des entreprises et les perspectives de croissance à moyen terme car le marché peut devenir irrationnel et les mouvements peuvent être exagérés. Un autre outil d’analyse peut alors être privilégié : il s’agit bien évidemment de l’analyse graphique.

L’analyse graphique et plus particulièrement l’étude des chandeliers japonais permet de traduire la psychologie des opérateurs. Régie par des règles strictes, elle permet de déceler des configurations qui se répètent dans le temps et d’accroitre la probabilité de réalisation d’un scénario plutôt qu’un autre. Grâce à une lecture fidèle des figures chartistes et des configurations en chandeliers (comme la représentation graphique ci-dessous), l’investisseur pourra affiner son timing d’intervention et établir des scénarios avec des invalidations claires, fixées à l’avance, au niveau desquelles il pourra placer un stop de protection. Couplé au respect d’un money management pointu, cet outil est une véritable boussole qui vous permettra potentiellement d’optimiser vos performances.

Afin de mieux comprendre les messages distillés par les graphiques, voici la lecture de configurations récentes sur deux indices majeurs, le S&P500 et l’Eurostoxx 50.

Graphique de l’indice S&P 500 depuis novembre 2017

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Graphique journalier du S&P 500
Source : ProRealTime au 21/03/18

Début janvier 2018, l’indice directeur américain était ancré dans une tendance en ligne, une tendance haussière forte matérialisée par un canal haussier. Le 30 janvier (point 1), les cours ont réalisé un gap baissier en dehors de ce canal, signe d’une rupture de la tendance jusqu’ici en place. Ce chandelier a, à lui seul, été une alerte baissière non négligeable nous alertant ainsi sur un probable changement d’état d’esprit des opérateurs jusqu’ici très complaisant. Dans les deux séances qui ont suivi, les cours n’ont pas réussi à dépasser les plus hauts du 30 janvier, démontrant la présence des vendeurs et faisant augmenter les risques de la poursuite de la consolidation.

Le 2 février (point 2), les risques baissiers se sont cristallisés avec un chandelier particulièrement baissier. En effet, les cours ont ouvert avec à nouveau un gap baissier de continuation, tandis que l’ouverture a été rapidement vendue, signe que les vendeurs avaient pris la main. Ensuite, les prix ont traversé la moyenne mobile à 20 séances, garante de la dynamique journalière, pour clôturer plus d’un pourcent dessous. Cette fin de semaine au plus bas a signé le glas de la période haussière et les vendeurs ont ensuite enfoncé le clou la semaine suivante, dans une volatilité historique.

Le 9 février (point 3), la S&P500 est venu toucher sa moyenne mobile à 200 séances, soutien dynamique utilisé par de nombreux analystes techniques à travers le monde. Une rupture de cette moyenne mobile aurait engendré un regain de peur chez les opérateurs mais heureusement, une réaction haussière a eu lieu à 0.1% près. Le chandelier du 9 février fait ainsi état d’une longue mèche basse et d’une clôture positive. Il laissait entendre que le pire pouvait être passé à court terme et qu’un bastion acheteur avait été atteint. L’ouverture en gap haussier le lundi suivant est venue corroborer ce scénario, tout comme les chandeliers des séances suivantes qui ont tous clôturé dans le vert…les acheteurs avaient repris la main.

Graphique de l’Eurostoxx 50 depuis novembre 2017

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Graphique journalier de l’Eurostoxx 50
Source : ProRealTime au 21/03/18

Tout comme sur le S&P500, la lecture des signaux graphiques envoyés par l’Eurostoxx 50 aura permis aux utilisateurs d’outils graphiques d’agir sur des zones de prix particulièrement bien respectées. Le 23 janvier (point 1), les cours ont matérialisé un chandelier d’indécision, un doji, sous la résistance des 3700 points, les plus hauts de l’année 2017. Ce chandelier a, à lui seul, démontré l’hésitation des opérateurs à l’approche d’un seuil majeur. Les chandeliers baissiers qui ont suivi les séances suivantes ont validé la présence des vendeurs puis ces derniers ont enfoncé le clou en cassant de nombreux supports.

Le 9 février, les cours se sont arrêtés sur un retracement de Fibonacci (38.2%), outil très utile pour déceler des zones de prix sur lesquelles les prix pourraient réagir lors d’une correction baissière. Le test de ce pivot graphique n’était pas suffisant pour tirer les conclusions d’un changement de polarité à la hausse mais son double test le 14 février suivant l’a été (point 2). A la suite de ce double creux sur les 3320 points, les acheteurs ont repris la main.

Le 26 février (point 3), après deux semaines de rebond, l’Eurostoxx 50 a atteint les 3470 points qui correspondaient au plus bas du 2 janvier, au plus haut du 7 février ainsi qu’à un retracement de Fibonacci (23.6%). Ce jour-là, les cours ont ouvert sur une résistance et les forces vendeuses ont pris le dessous. La propreté avec laquelle les prix ont échoué sur cette résistance pouvait interpeller sur le risque d’un reflux voire d’une reprise baissière, qui a été confirmée le lendemain.

Enfin, le lundi 5 mars (point 4), après les élections italiennes, les cours ont ouvert en baisse, exactement sur le support travaillé à deux reprises en février. Les investisseurs ont profité de ce pivot technique pour se placer avec un risque calculé et limité en cas de cassure. Le chandelier a clôturé au plus haut du jour, les vendeurs ont cédé la main et un nouveau rebond a pris forme.

En d’autres termes, vous pouvez constater à quel point les marchés ont précisément travaillé des seuils clés en période de forte volatilité. L’étude des chandeliers sur ces pivots permet d’envisager puis de confirmer des retournements à la hausse comme à la baisse et de mettre à profit des stratégies de confirmations graphiques à l’appui. Un investisseur avisé aura donc tout intérêt à compléter sa lecture des marchés par une analyse technique des actifs sur lesquels il opère.

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Avertissement

© Photo Philippe Dureuil

Article achevé de rédiger le 21 mars 2018.

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