Quelle est la relation entre les cours de bourse et les bénéfices des entreprises ?

Franck Pauly

Quelle est la relation entre les cours de bourse et les bénéfices des entreprises ?

5 DECEMBRE 2018
Par Franck Pauly,  Journaliste indépendant - Fondateur de FAP Conseil

De nombreux facteurs macro comme microéconomiques sont mis en avant pour expliquer les performances boursières. A long terme, il semble pourtant que les cours des actions dépendent - au moins en bonne partie - de l'évolution des bénéfices des entreprises.

Dans une étude publiée cet été, Deutsche AM comparait l'évolution à long terme de l'indice S&P 500 aux résultats après impôt des sociétés américaines issus du rapport "Flow of Fund" de la Réserve fédérale. Ce rapport s'appuie sur des données reflétant l'économie globale en éliminant les profits conjoncturels, par exemple liés aux rachats d'actions. Sur cette base, les bénéfices des sociétés ont augmenté de 7,53% par an depuis 1946. Les cours des actions du S&P 500 ont quant à eux augmenté de 7,44% sur la même période. "Il s'agit donc d'un mouvement synchrone sur les sept dernières décennies", souligne Deutsche AM.

Cours et profits : un mouvement synchrone

Cette logique se reflète d'ailleurs dans les cours aujourd'hui : le PER 2018 (ratio cours/bénéfices) du CAC est inférieur à 14 fois, alors que celui du Dow Jones américain est supérieur à 16. Mais la croissance attendue des profits en Europe est attendue autour de 8 à 10%, quand elle pourrait dépasser les 20% aux Etats-Unis.

"Le marché boursier américain, mesuré selon l'indice mensuel réel S&P Composite ou S&P 500 (ajusté de l'inflation), a été multiplié par 3,3 depuis son creux de mars 2009", notait dans un article récent, Robert J. Shiller, Prix Nobel d'économie en 2013 et auteur de "L'exubérance irrationnelle" (3e édition en 2016). Cela fait du marché boursier américain le marché le plus cher au monde, selon le ratio cours/bénéfices ajusté du cycle (CAPE) que Shiller défend depuis bien longtemps. Mais cette augmentation des cours est-elle justifiée, ou est-ce une bulle ?

On peut penser que cette hausse est justifiée, dans la mesure où le bénéfice par action réel trimestriel du S&P 500 a été multiplié par 3,8 sur la même période, entre le premier trimestre 2009 et le deuxième trimestre 2018. Et depuis le début de l'administration Trump, en janvier 2017, les cours réels américains ont augmenté de 24 %. Entre le premier trimestre 2017 et le deuxième trimestre 2018, les bénéfices réels ont presque autant augmenté, à savoir de 20%.

Mais la hausse des cours n'est pas toujours en ligne avec celle des bénéfices

"Mais il est important de garder à l'esprit l'extrême volatilité des bénéfices", souligne Shiller. Des hausses aussi nettes ont tendance à s'inverser en seulement quelques années. Ceci s'est dramatiquement produit plus d'une dizaine de fois dans l'histoire du marché boursier américain.

Ainsi sur la période de 1982 à 2000, les cours des actions ont été multipliés par 7,5, tandis que les bénéfices annuels réels ont seulement doublé. La fin de cette période de boom de l'Internet, s'est terminée par une sévère correction… Pas seulement sur les valeurs technologiques.

Autre exemple pointé par Shiller : entre 2003 et 2007, en période de reprise après la récession de 2001, les bénéfices réels par action des sociétés ont presque triplé. Or, le S&P 500 réel a moins que doublé, car les investisseurs semblaient ne pas vouloir reproduire les erreurs qui avaient conduit à l'an 2000, lorsqu'ils avaient surréagi à la croissance rapide des bénéfices. Cela n'a pas empêché cette période de déboucher sur la crise financière, ainsi que sur un nouvel effondrement des bénéfices et des cours.

Les hausses - des profits, comme des cours en bourse - si elles sont certes liées, sont rarement linéaires : la volatilité est souvent présente comme en ce moment, en particulier dans une période de fin de cycle économique, lorsque les cours sont élevés. Notamment en cas d'avertissement ou de révision à la baisse des perspectives bénéficiaires avec des réactions boursières violentes : (-22%) pour Atos fin octobre, (-19%) pour Valéo après un avertissement sur résultat.

"Pour les années et décennies à venir, nous pensons que la croissance des bénéfices restera la principale variable expliquant les performances boursières", souligne Deutsche AM. Mais les taux de croissance passés ne se maintiendront probablement pas. Le taux de croissance des bénéfices a en effet dépassé celui du PIB américain d'environ un point de pourcentage par an depuis la Deuxième Guerre mondiale. Il est peu probable que cela puisse durer indéfiniment.

Avertissement

Article achevé de rédiger le 6 novembre 2018.

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