LafargeHolcim, un dossier épineux

Nicolas Chéron

LafargeHolcim, un dossier épineux

30 NOVEMBRE 2017
Par Nicolas Chéron,  Responsable de la Recherche Marchés pour Binck.fr

Comme pris dans des sables mouvants, le titre LafargeHolcim s’enlise peu à peu depuis le mois de mars 2017. Né d’une fusion complexe, ce groupe leader mondial du ciment semble lesté par un environnement peu propice aux investisseurs. En effet, l’attentisme des opérateurs sur la stratégie du nouveau patron Jan Jenisch, conjugué à des risques d’amendes pour possible « financement d’entreprise terroriste » pèsent à l’heure actuelle sur le titre.

Avoir raison sur les perspectives des indices ou d’un secteur est toujours plaisant pour un investisseur, encore faut-il avoir le bon cheval. Sur un an par exemple l’Ibex gagne 7% alors que le Nasdaq en gagne 25 de plus. Depuis le 1er janvier 2017, le CAC40 gagne plus de 10%, tandis que LafargeHolcim perd près de 4%, ce qui a justement attiré notre attention. Faut-il concevoir cette sous-performance comme justifiée ou plutôt comme une opportunité en vue d’un éventuel rattrapage, telle est la question à laquelle nous essayerons de répondre. Pour ce faire, revenons sur l’actualité passée et récente du titre afin de mieux cerner ce dossier.

LHN Mensuel
Graphique mensuel de LafargeHolcim depuis juillet 2015
Source : Prorealtime, au 28/11/17

Tout commence par une fusion en mai 2015. La fusion en question a été réalisée entre Lafarge et Holcim afin de créer le numéro 1 mondial du ciment, du béton et des granulats dont le chiffre d’affaires devait peser plus de 35 milliards d’euros avec près de 130 000 salariés dans une centaine de pays, autant dire une mission de taille pour les dirigeants. L’intégration devait se faire entre 12 et 18 mois afin de dégager 1.4 milliards d’euros de synergies mais des obstacles non négligeables ont pesé sur ce processus. D’une part, Holcim a dû convaincre son actionnariat, d’autre part le PDG de Lafarge Bruno Lafont a finalement dû renoncer à la direction au profit du Franco-Américain Eric Olsen. Et enfin, les deux groupes devaient, pour pouvoir opérer main dans la main, réaliser des milliards de cessions du fait du chevauchement de certaines activités, que la Commission Européenne et la Commission fédérale du commerce aux Etats-Unis ont suivi de près.

1.Février 2016, le point bas

Il aura fallu près d’un an à l’entité LafargeHolcim afin de stabiliser ses finances, raison pour laquelle le titre aura pratiquement été divisé par deux sur la période. A ces pérégrinations financières se sont ajoutées le bal des chaises musicales des dirigeants à la tête des opérations. En février 2016, après que le président Rold Soiron ait quitté le Groupe quelques mois plus tôt, ce fût au tour du coprésident Woldgang Reitzle de partir, laissant ainsi le dernier initiateur de la fusion des deux géants l’ancien président de Lafarge, Bruno Lafont, dans l’équipe de direction. Ces départs ont pesé sur les cours mais le marché action enregistrant un point bas en février 2016, l’action a alors marqué un point bas

2. Aout 2016, la reprise prend forme

Six mois plus tard, les marchés ont rebondi, la direction a repris la main et les premiers résultats positifs de la fusion émergent enfin. Lors de la publication des résultats du deuxième trimestre 2016, le résultat brut d’exploitation qui ne faisait que chuter jusque-là s’est amélioré grâce à des efforts de réduction des coûts et un maintien des prix. Le directeur général Eric Olsen a alors déclaré qu’un point d’inflexion avait été marqué et que les objectifs fixés pourraient être atteints, ce qui a rassuré les investisseurs.

3. Mars 2017, le tournant

Porté par des marchés favorablement orientés, LafargeHolcim est passé en seulement un an de 2 milliards de francs suisses de perte à un bénéfice du même montant. Réorganisé, restructuré, débarré de l’essentiel des coûts de fusion, le groupe semble alors très positif pour la suite d’autant que Donald Trump annonce plus de 1 000 milliards de dollars de dépenses dans un plan de relance des infrastructures. Le titre est alors au plus haut ce qui ne durera qu’un temps…

Mars 2017 est en effet la date à laquelle le cimentier a admis avoir financé des groupes armés pour assurer la sécurité d’une cimenterie en Syrie, entre 2012 et 2014. A partir de 2013, la présence de l’Etat Islamique dans la région aurait contraint la cimenterie à négocier des droits de passage aux check-points tenus par les djihadistes pour ses camions. Pendant près d’un an, Lafarge aurait ainsi indirectement financé l’EI. A la suite de ces déclarations (source AFP au 2 mars 2017), plusieurs ONG ainsi que le Ministère de l’Economie ont porté plainte, engendrant des incertitudes sur le titre et poussant le mois suivant Eric Olsen à quitter le navire.

Les choses s’accélèrent ensuite à partir de septembre, avec une actualité fournie et de nombreux poids pesant sur l’action LafargeHolcim.

4. Septembre 2017, l’enquête suit son cours

3 ex-salariés syriens sont entendus à Paris et semblent confirmernt le caractère potentiellement accablant des éléments qui pourraient être retenus contre Lafarge. Il s’agit alors des premières auditions par les magistrats dans cette enquête pour « financement d’entreprise terroriste » et « mise en danger de la vie d’autrui ».

Parallèlement à cela, des courtiers à l’image de Barclays revoient leur copie à la baisse anticipant une baisse de l’activité en Europe et aux USA à cause des conditions météorologiques et une baisse des tarifs dans certains marchés difficiles comme le Mexique ou l’Egypte par exemple.

5. Octobre 2017, rien ne s’arrange

Le 16 octobre dernier, UBS abaisse son objectif anticipant une révision à la baisse des objectifs stratégiques du cimentier par la nouvelle direction. Dans la foulée, le 27 octobre, LafargeHolcim a publié des résultats quelque peu supérieurs aux prévisions. Toutefois, les objectifs pour l’année en cours et pour 2018 ont été baissés, ce qui a une nouvelle fois pesé sur le cours de l’action.

6. Novembre 2017, la débâcle continue


Graphique hebdomadaire de LafargeHolcim depuis août 2015
Source : Prorealtime, au 28/11/17

Le 1er novembre, c’est au tour de CréditSights de parler de difficultés à venir et d’inviter à la prudence voire à d’éventuelles prises de bénéfices. Deux semaines plus tard, une perquisition a eu lieu au siège social de Lafarge à Paris, ce qui n’a pas rassuré les investisseurs. En effet, le manque de visibilité et les risques que le groupe puisse être épinglé par les autorités pèsent telle une épée de Damoclès.

En conclusion, l’action du groupe LafargeHolcim est maintenue sous pression depuis des mois et la situation n’est peut-être pas prête de s’arranger. Voyons maintenant quels enseignements peut nous apporter l’analyse graphique de cette dernière.

En données hebdomadaires, nous pouvons constater qu’un point haut a été marqué par le titre en mars 2017, correspondant au pic d’optimisme des opérateurs sur ce dossier. Depuis, et malgré la hausse des indices européens, le titre évolue dans une tendance baissière matérialisée par un canal (ici en rouge) dont la borne haute se conjugue avec la moyenne mobile à 20 semaines et le seuil psychologique des 50 euros. A la baisse, un support clé maintes fois testé en 2015 et 2016 apparait à 45 euros et le bas de canal se situe à 43 euros. En cas d’accélération sous ce canal, un objectif théorique ressort également à 36.5 euros.

En d’autres termes, tant que les cours évolueront sous les 50 euros, les risques d’une continuation de la tendance en place ainsi que le ralliement des supports évoqués restent élevés. Une condamnation ou un plan stratégique mal négocié pourrait même engendrer un décrochage. A contrario, seule une rupture par le haut du canal baissier changerait la donne. Les investisseurs de long terme souhaitant se placer sur le dossier auraient donc peut être intérêt à attendre un tel signal plutôt que d’essayer d’attraper ce couteau qui tombe.

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Avertissement

© Photo Philippe Dureuil

Article achevé de rédiger le 29 novembre 2017.

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