La hausse programmée des taux va-t-elle bouleverser votre portefeuille ?

Franck Pauly

Quelles implications pour votre portefeuille ?

JUILLET 2017
Par Franck Pauly,  Journaliste indépendant - Fondateur de FAP Conseil

Les grandes banques centrales (Réserve Fédérale américaine, Banque Centrale Européenne, Banque du Japon), après la crise financière de 2008 ont baissé leurs taux directeurs pour financer l’économie avec de l’argent pas cher. Mais aujourd’hui cela change.

La Fed vient de relever pour la 4e fois ses taux directeurs à la mi-juin, pour les porter à une fourchette comprise entre 1 % et 1,25 %. Elle fera de même au moins une autre fois (peut être deux) au second semestre et 3 fois en 2018. Elle prévoit que ses taux atteindront 3 % fin 2019.

En Europe, la BCE va lui emboîter le pas, probablement l’an prochain. Car sans surprise, elle vient de conserver ses taux inchangés en juin. Mais la Banque centrale a pour la première fois indiqué qu’elle n'envisageait plus de "baisser davantage ses taux" : elle prépare donc les marchés à un abandon progressif de sa politique ultra accommodante. L’économie de la zone euro affiche en effet sa plus forte croissance depuis la crise de la dette souveraine, et la synchronisation de la reprise dans le monde est rassurante, ce qui va lui permettre de progressivement fermer les vannes du crédit.

Quelles sont les implications de ces changements dans les grandes politiques monétaires pour votre portefeuille ?

La hausse des taux fait baisser les cours des obligations émises ...

Coté obligataire, la remontée des taux va faire baisser les cours des obligations anciennes déjà émises, cela est mécanique et mathématique à cause de l'actualisation des flux futurs. Il s’agit là d’un risque si ce n’est de krach obligataire, en tout cas de correction. Mieux vaut donc être sélectif dans vos choix d’obligations : les obligations à taux variables (par opposition aux taux fixes) et les échéances courtes sont moins sensibles à ce risque de taux.

Si les cours des obligations anciennes vont baisser, les coupons (sauf cas de défaut de l’émetteur) continueront d’être versés. D’où l’intérêt de se tourner par exemple vers des obligations d’entreprises à haut rendement (« high yield »), certes plus risquées que les obligations « investment grade », mais qui servent un coupon nettement plus élevé. Là aussi le risque doit être bien mesuré. Et si possible sur une échéance courte.

Autre piste à explorer : les obligations indexées sur l’inflation, si vous pensez que la hausse des prix est sur le chemin du retour. Ce qui commence à être le cas en Europe. L’intérêt de cet investissement ? Le rendement de ces obligations, comme leur nom l’indique, s’ajuste en fonction de l’évolution des prix.

… mais soutient les cours des valeurs financières et de croissance

Coté actions, une évidence : mieux vaut en premier lieu éviter les sociétés endettées dont le coût de la dette va augmenter. Et qui auront plus de mal à se refinancer auprès des banques, comme sur le marché.

Par ailleurs et surtout des taux faibles - voire négatifs - ont été pénalisants ces dernières années pour les banques et les assurances parce qu’ils rognent leurs marges et nuisent à la confiance envers le système financier. Ces valeurs sont donc les premières à bénéficier de cette nouvelle donne. Mais attention, le mouvement de rebond des financières est déjà enclenché, avec une baisse de l’aversion au risque. Là aussi, mieux vaut être sélectif et regarder de près les valorisations des valeurs qui vous intéressent.

Enfin, d’une manière plus générale, les valeurs de croissance (par opposition aux cycliques), moins sensibles aux taux car leurs bénéfices croissent de manière régulière et constante quel que soit l’environnement de taux, sont à privilégier.