L’immuable cyclicité des marchés boursiers

Nicolas Chéron

L’immuable cyclicité des marchés boursiers

16 AVRIL 2018
Par Nicolas Chéron,  Responsable de la Recherche Marchés pour Binck.fr

L’économie mondiale s’est transformée ces 30 dernières années. Rapidité de l’information, vitesse et volumes de transactions, impact des technologies et de l’informatique : notre environnement n’a eu cesse d’évoluer et il est parfois difficile d’appréhender ces changements et leurs implications sur les marchés financiers. Lorsque les investisseurs analysent les perspectives économiques ou essaient d’anticiper l’évolution des indices, il leur est souvent expliqué que les temps changent, que la période actuelle n’est comparable à aucune autre, que cette fois-ci c’est « différent », est-ce vraiment le cas ?

De tous temps, marchés boursiers et cycles économiques ont fonctionné de pair. Sur le graphique ci-dessous, il est possible de constater l’imbrication de ces deux cycles. Alors que la croissance économique est relativement stable dans le temps, cycles économiques et boursiers enchainent les phases de croissance et de décroissance. Lorsque l’économie sort d’une récession, les actions ont tendance à se retourner et à repartir à la hausse. S’en suivent une phase de reprise puis une phase d’expansion économique pendant lesquelles les marchés boursiers n’ont de cesse que de croître avant qu’un point haut ne se forme. Notons d’ailleurs que les indices (en rouge) auront tendance à se retourner avant la fin d’un cycle économique positif. Autrement dit, l’histoire se répète. La question est désormais de savoir où nous nous trouvons dans le cycle actuel.

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Graphique des cycles économiques et boursiers Source: Encyclopédia of Businesses Terms and Methods, 2011

Concernant l’économie, force est de constater que nous sommes plus proches de la fin d’un cycle haussier que de son début. Que ce soit le FMI, les économistes et les gérants, tous s’accordent à penser que nous approchons de la fin d’un cycle positif qui dure depuis 9 ans mais également que ce dernier pourrait encore durer plusieurs mois. Même si les risques de récession sont limités à court terme selon les experts, Christine Lagarde, actuelle Présidente du FMI, voit « des nuages plus sombres » à l’horizon de la croissance mondiale. Nicolas Mai, gérant de PIMCO (l'un des premiers gérants d'investissements obligataires internationaux), considère que des menaces pèsent sur l’expansion économique comme la baisse des impôts aux USA qui pourrait entrainer une surchauffe de l’économie ou encore le risque de guerre commerciale qui pourrait durcir les conditions financières et pénaliser l’activité des entreprises. Selon ce dernier, les risques à court terme sont faibles mais plus élevés pour les années suivantes, dans la mesure où un cycle prolongé augmente la possibilité d'une surchauffe et où la Fed aura sans doute mis un terme à son processus de normalisation. En d’autres termes, difficile de dire si le cycle économique prendra fin dans 6 ou 24 mois mais force est de constater que la majorité des intervenants se veut positive à court terme et prudente pour la suite. Or, puisque les marchés boursiers ont tendance à se retourner avant la fin d’un cycle économique positif, les investisseurs auront intérêt à rester sur leurs gardes.

Concernant les indices boursiers, un adage sera plus explicite qu’un long discours : « Les marchés haussiers naissent dans le pessimisme, grandissent dans le scepticisme, mûrissent dans l’optimisme et meurent dans l’euphorie » (Sir John Templeton). En effet, le comportement des indices est somme toute relatif à la psychologie des investisseurs et donc à des sentiments extrêmes. Sur les 100 dernières années boursières, une constante n’a jamais changé, la psychologie. Les marchés sont dirigés par des humains. Les humains font toujours les mêmes erreurs. Les erreurs se répètent dans l’histoire et cela continuera d’être le cas à l’avenir.

Un cycle supplémentaire parfaitement corrélé aux indices boursiers (ci-dessous) a d’ailleurs fait son apparition ces dernières décennies. Il s’agit du cycle émotionnel de l’investisseur. En effet, puisque nous savons que les cycles économiques et boursiers sont régis par des comportements humains, il nous suffirait de savoir où en sont les investisseurs dans le cycle de leurs émotions pour anticiper la suite. Evidemment, l’étude ici se complique puisqu’il ne « suffit » pas de sonder quelques investisseurs pour en avoir le cœur net, il est nécessaire de collecter de nombreux éléments en ce sens. Le graphique ci-dessous montre ce fameux cycle ainsi que les différents états par lesquels va passer un investisseur traditionnel dont le comportement est « moutonnier ». L’investisseur va avoir tendance à acheter en haut, à espérer, puis à paniquer et enfin à capituler. Et ainsi de suite.

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Par exemple :
Après l’élection de Donald Trump, les indices boursiers ont connu une ascension fulgurante jusqu’en janvier 2018. Selon l’étude de ce graphique des émotions, la probabilité que cette hausse corresponde à une euphorie finale, caractéristique de la fin d’un marché haussier, est de plus en plus importante. De multiples statistiques nous mettent en tous cas sur cette voie :
- L’indice Dow Jones a battu son record de records historiques en 2017 (91 records)
- L’indice de confiance des consommateurs est au plus haut depuis 2008 aux USA
- Les indices de confiance des investisseurs sont également sur des plus hauts
- La hausse entre septembre 2017 et janvier 2018 s’est faite de manière exponentielle avant d’être violemment contrecarrée

Enfin, un chiffre a grandement attiré notre attention à la fin de l’année 2017. En décembre 2017, selon l’enquête de confiance du Michigan, le pourcentage de consommateurs américains qui pensent que les marchés boursiers vont monter à échéance 12 mois est ressorti au plus haut depuis la dernière crise. En d’autres termes, alors que les marchés montent depuis près de 10 ans, les particuliers américains n’ont jamais été aussi positifs qu’à l’heure actuelle, voilà de quoi nous inquiéter !

En effet, l’investisseur a par nature un comportement « moutonnier ». Il aura tendance à imiter les autres investisseurs et acheter ce qui est à la mode (comme les valeurs technologiques par exemple actuellement). L’investisseur typique aura tendance par nature à acheter ce qui est haut en espérant que cela monter et à vendre lorsque les cours sont bas.

En conclusion, parce que les investisseurs semblent bercés par les espoirs de croissance et de cycle économique à rallonge, nous pensons qu’il est plus que jamais nécessaire de faire la part des choses, de prendre du recul sur la situation et de rester sur le qui-vive dans les mois à venir. Si les marchés boursiers devaient à nouveau céder aux pressions baissières, la probabilité qu’un point haut ait été atteint au premier trimestre 2018 augmenterait fortement. Après la phase d’anxiété que nous vivons actuellement, peut-être viendra le temps du déni…

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Avertissement

© Photo Philippe Dureuil

Article achevé de rédiger le 12 avril 2018.

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