Kering : l'euphorie ne dure qu'un temps

Nicolas Chéron

Kering : l'euphorie ne dure qu'un temps

6 JUIN 2018
Par Nicolas Chéron,  Responsable de la Recherche Marchés pour Binck.fr

Le 24 mai 2018, le titre du groupe de luxe Kering (ex-PPR) a attiré notre attention affichant des performances hors norme : 19% en 1 mois, 33% de hausse depuis le 1er janvier 2018 et 300% de hausse en 2 ans. Kering est la valeur la plus recherchée du CAC40 ces derniers trimestres, elle réalise une performance de 80% sur un an loin devant la seconde place qui revient à Arcelor avec +43% de hausse. Le groupe de la famille Pinault s'est littéralement transformé ces dernières années devenant un acteur incontournable du luxe avec une croissance à deux chiffres de son chiffre d'affaires, grâce à des marques comme Gucci, Yves Saint Laurent et Bottega Veneta. A travers cet article, nous souhaitons revenir sur les raisons de ce succès, puis nous parlerons du consensus extrêmement positif et du caractère euphorique de l'action en bourse.

Depuis le début de l'année 2018, le groupe Kering a annoncé son désengagement dans le "Lifestyle" pour se concentrer sur le luxe, ce qui n'est pas pour déplaire aux investisseurs. En premier lieu, le groupe français a décidé de distribuer à ses actionnaires environ 70% du total de ses actions Puma pour ne conserver que 16% de l'entreprise allemande, après 10 années passées main dans la main. Trois mois après l'annonce de cette cession, Kering a mis en vente sa marque Volcom spécialisée dans les vêtements de sport et de glisse. Ainsi délesté d'activités qui grevaient sa croissance, le groupe de luxe qui détient un flux de trésorerie de plus de 2 milliards d'euros, pourrait réaliser des acquisitions ciblées dans les 12 mois pour asseoir sa croissance à long terme.

Le 25 avril dernier, le groupe a publié ses résultats pour le premier trimestre 2018 et a encore une fois dépassé toutes les attentes du marché, grâce à la poursuite d'une croissance historiquement forte chez Gucci, dont les ventes se sont envolées de 49%. Le directeur financier a d'ailleurs précisé que la marque dépassera les prévisions de marge opérationnelle des analystes en 2018, qui, après avoir unanimement salué ces chiffres exceptionnels, ont revu leurs estimations de résultats pour les années à venir ! Le jour des résultats, les analystes de Jefferies, Bryan Garnier, UBS et Berenberg, Barclays, Crédit Suisse, Goldman Sachs et d'Oddo BHF ont tous relevé leurs objectifs de cours. Avec un tel flux de bonnes nouvelles, il est compréhensible de voir cette action caracoler en tête du palmarès des hausses assez régulièrement, inscrivant record historique sur record historique.

L'analyse de Goldman Sachs a néanmoins attiré notre attention car plus mesurée voire prudente que celle d'autres spécialistes du secteur. Selon leurs analystes, Kering doit encore se trouver un produit intemporel si elle veut rendre sa croissance durable. La banque américaine met en exergue que 90% des produits actuellement proposés en magasin sont nouveaux et que les estimations pourraient s'avérer trop optimistes si Kering ne diversifie pas ses revenus à travers des plateformes de vente multimarques. Il faudra aussi que Gucci continue de faire mieux que prévu pour que les opérateurs s'en satisfassent mais nous voyons mal comment ce joyau, si performant soit-il, pourrait faire mieux que 50% de hausse des ventes. Enfin, sur les 26 cabinets qui suivent actuellement la valeur, aucun ne la considère comme trop valorisée et 80% des analystes sont à l'achat, personne ne la vend.

Nous avons donc un groupe qui explose littéralement en termes de ventes et en bourse, parce que ses résultats ont été excellents et meilleurs qu'attendus ces derniers trimestres, qui se recentre sur des activités à fort rendement, raison pour laquelle le consensus est extrêmement positif. Le tout dans un marché boursier haussier, avec un CAC40 qui a gagné 12% en ligne droite entre début avril et mi-mai.
Cet environnement positif justifiant l'euphorie en cours me rappelle un épisode de décembre 1999 sur la même action. Certains diront que la comparaison est impossible, mais certaines ressemblances peuvent être considérées comme troublantes. Tout comme en 1999, nous pourrions approcher de la fin d'un cycle économique positif, la fin également d'un cycle boursier positif puisque l'actuel est un des plus longs de l'histoire des marchés, le tout avec un appétit insatiable pour le secteur du luxe que les opérateurs s'arrachent, faisant fi des performances réalisées et des risques en cas de décélération du secteur et/ou des marchés.

Ci-dessous, un graphique long terme des 25 dernières années. Il est possible de constater que ce n'est pas la première fois que le titre est multiplié par 10 en quelques années. Entre 1996 et 2000, le titre PPR à l'époque, a enchainé 3 phases de hausses de plus en plus violentes (3 flèches) pour atteindre 900% de performance en 4 ans et finir sa hausse par une explosion euphorique de 50% en 2 mois, à la suite de quoi un point haut de long terme a été marqué.

Entre 2016 et 2018, nous assistions au même phénomène. Comme par le passé, nous avons eu 3 phases de hausse de plus en plus violentes, soit une performance hallucinante de 300% en 2 ans seulement. Comme en 1999, le titre a explosé de 50% à la hausse ces deux derniers mois, s'approchant d'un seuil psychologique majeur à 500 euros, le tout dans des marchés financiers complaisant, avec un CAC40 flirtant avec de nouveaux records annuels à 5650 points.

Graphique mensuel de Kering depuis 1993

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Graphique de Kering
Source : ProRealTtime au 23/05/18

Entre d'autres termes, dossier magnifique mais un bémol de taille, le timing. Autant l'analyse du groupe Kering à l'instant T permet de constater la solidité de son activité et de ses perspectives, autant l'engouement extrême autour de ce dossier nous semble démesuré, voire potentiellement dangereux. Un jour, l'euphorie fera sûrement place au pragmatisme ou à un accident de parcours des marchés et le retour à la réalité pourrait être douloureux pour ceux qui n'auront pas fait preuve de prudence (en protégeant ou en allégeant leurs positions). Il faut savoir prudence garder en bourse, ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier et surtout ne pas être trop gourmand. Pensez-y lorsque vous voudrez gérer votre position ou en prendre une sur cette action qui n'a pas fini de faire parler d'elle.

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Avertissement

© Photo Philippe Dureuil

Article achevé de rédiger le 24 mai 2018.

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