Indices – Un risque asymétrique

Nicolas Chéron

Indices – Un risque asymétrique

11 JANVIER 2019
Par Nicolas Chéron,  Responsable de la Recherche Marchés pour Binck.fr

Fin 2018, le SP500 était parti pour enregistrer le pire trimestre de son histoire. Heureusement, il a réussi à grapiller quelques points entre Noël et Nouvel an… Il finira tout de même par enregistrer son pire mois de décembre depuis 1932, c’est dire. Des signaux baissiers forts ont été donnés en 2018 sur la plupart des places financières, la machine haussière s’est enrayée, la donne a changé pour les trimestres à venir. Les indices américains jusqu’ici haussiers à long terme sont désormais neutres, les indices européens déjà neutres depuis un an sont désormais baissiers, le cadre est posé.

Nombreuses étaient les raisons de la baisse de 2018 : les marchés étaient surévalués. Les GAFA en situation de bulle potentielle qu’il fallait dégonfler. Les résultats d’entreprises américaines sur des records historiques au 3ème trimestre ont laissé place à des perspectives moins reluisantes. Les banques centrales et grandes institutions comme le FMI ou la banque mondiale ont revu à la baisse leurs perspectives de croissance et d’inflation pour les trimestres voire années à venir. La guerre commerciale faisait rage, pesant sur la Chine, pesant donc sur le monde, alors même qu’ISM et PMI chutaient dans toutes les zones économiques. Enfin, les banques centrales ont continué de serrer la vis jusqu’à ce que les indices déraillent. Autrement dit, les marchés ont plié sous le poids des mauvaises nouvelles, d’un pessimisme exacerbé et d’un manque de liquidités.

Suite à la baisse de 20% que le SP500 a connu entre ses plus hauts et plus bas du quatrième trimestre, certains considèrent que nous avons purgé les excès, que les valorisations sont revenues à la normale et qu’une récession est peu probable. Ajoutez à cela des banques centrales de nouveau en soutien, et l’on comprend pourquoi les actions sont reparties à la hausse en quasi-ligne droite en ce début d’année. Notre lecture est un peu différente, c’est en effet là que le bat pourrait blesser.

Et si nous étions tout simplement à la fin d’un cycle économique positif qui a duré près de 10 ans, soit un des plus longs de toute l’histoire ? Et si les chiffres économiques avaient commencé à reculer et continuaient de le faire, et/ou que l’économie américaine ralentissait à son tour ? En début d’année, il aura fallu que les banquiers centraux sortent du bois pour relancer la hausse. La Chine a promis un plan de relance historique, la BCE a laissé entendre qu’elle maintiendrait ses taux bas longtemps et le président de la Fed a pratiquement fait volte-face sur sa stratégie de long terme en expliquant qu’il porterait attention aux marchés (ce que n’est pas censée faire la Fed) et qu’il pourrait modifier sa politique. Entendez par là, retarder voire annuler des hausses de taux. Nous y voyons un aveu de faiblesse, un voyant rouge qui s’allume nous indiquant que les banquiers centraux ont bien cerné la situation. Les économies arrivent en bout de course et les marges de manœuvre en cas de nouvelle crise sont réduites à peau de chagrin.

En d’autres termes, l’année 2019 pourrait être particulièrement volatile, houleuse, complexe. Nous parlons de risque asymétrique car le potentiel haussier nous semble contenu à un retour sur les niveaux cassés de 2018 mais difficilement au-delà, soit une hausse probable des indices américains de 5 à 10%. Le SP500 gagne déjà 10% depuis ses plus bas de décembre ce qu’il était difficile d’entrevoir il y a seulement deux semaines. Même chose en Europe où les indices ont repris des couleurs, mais ces derniers arrivent également sur d’anciens supports devenus résistances, et l’on voit mal comment le CAC40 pourrait revoir les 5000 points, encore moins les dépasser…

Outil extrêmement pertinent pour déceler les changements de rythme et de psychologie, l’analyse technique vient compléter notre étude de la situation macroéconomique. Cette dernière plaide un scénario en dents de scie, une année neutre voire baissière, avec de probables accidents. En effet, la tendance haussière en place depuis deux ans aux Etats-Unis et a été rompue, nous parlons dans ce type de cas de « jouet cassé », théorie que nous expliquons et utilisons régulièrement dans nos émissions de décryptage Binck Hebdo.

Théorie du jouet cassé : lorsqu’un actif casse une ligne de tendance haussière il aura tendance à passer de haussier à neutre. Dans pareille situation, les cours ont tendance à accélérer violemment à la cassure baissière puis à revenir tester cette dernière, avant de repartir à la baisse. C’est exactement ce qu’il est en train de se passer sur les indices américains comme ici sur le Dow Jones.

Graphique hebdomadaire du Dow Jones Industrial Average

nc-11janvier2019
Graphique du Dow Jones Industrial Average
Source : ProRealTime au 09/01/19

L’indice américain était ancré dans une superbe tendance haussière depuis deux ans mais il a cassé son oblique de soutien en décembre dernier, ce qui a engendré une accélération baissière. Les prix sont allés chercher 38.2% de retracement de toute la hausse entre début 2016 et fin 2018 avant de rebondir. A la hausse, les cours devraient rapidement rencontrer des zones de résistance majeures. Les 24100 points, soit les plus bas de juillet, octobre et novembre 2018, et en cas de passage en force, l’ancienne oblique haussière vers 24700 voire en extension les 25000 points, zone horizontale, seuil psychologique et seuil de la moyenne mobile à 20 semaines. A contrario, à la baisse, le premier objectif ressort à 22500 points, le second à 21300 (plus bas de 2018) et enfin le troisième vers le seuil psychologique des 20000 points soit un potentiel de 20% par rapport aux cours actuels.

En conclusion, les marchés sont dérèglés, volatiles et brutaux. Habituons-nous à ces nouvelles conditions car cela pourrait durer au vu de l’instabilité macroéconomique et politique que devrait nous réserver cette année. Même si les actions rebondissent en ce début d’année, même si 100% des stratégistes américains interrogés par Bloomberg sont haussiers sur le SP500, les marchés n’aiment pas les consensus et devraient une nouvelle fois nous étonner. Soyons prudents et prêts à changer régulièrement notre fusil d’épaule.

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Avertissement

© Photo Philippe Dureuil

Article achevé de rédiger le 11 janvier 2019.

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