Indices : Correction salutaire ou krach imminent ?

Nicolas Chéron

Indices : Correction salutaire ou krach imminent ?

15 FÉVRIER 2018
Par Nicolas Chéron,  Responsable de la Recherche Marchés pour Binck.fr

• La baisse des cours semblait à première vue provenir des chiffres positifs de l’emploi américain annoncés le 2 février, générant ainsi un emballement des taux US. Or, de nombreux facteurs techniques (valorisations historiques des indices américains, euphorie, investisseurs optimistes, etc.) peuvent expliquer cette baisse.

• Il n’y a pourtant pas de raison évidente pour que les cours dévissent à court terme. Il se pourrait donc que cela ne soit pas un hasard si les taux se sont emballés le jour de la prise de fonction de Jerome Powell, remplaçant de Janet Yellen à la tête de la Réserve Fédérale Américaine avec un message clair : « Ne remontez pas les taux trop rapidement ou les actions en pâtiront ». Message reçu par le nouveau Président de la Fed.

• Après étude de l’analyse technique, il fallait bien que l’élastique tendu de la complaisance casse à un moment donné. Un ajustement violent a eu lieu, des supports majeurs ont été testés et les acheteurs n’ont peut-être pas dit leur dernier mot.

« Voyons si l’onde de choc se propage, car si une réplique prend forme après le séisme auquel nous venons d’assister, les fondations du marché haussier que nous connaissons depuis 9 ans maintenant pourraient être ébranlées. Mais rappelons-nous des derniers excès baissiers lors du Brexit et de l’élection de Donald Trump, le pire n’est peut-être pas certain… ».


Le 10 janvier dernier, nous comparions la volatilité à une marmite en ébullition. Le 23 janvier, nous considérions qu’il fallait rester sur le qui-vive, les indices étant tellement surachetés et à des niveaux de valorisation jamais vu, qu’un retour de bâton pouvait être d’une extrême violence. Seulement deux semaines plus tard, l’indice de la volatilité (VIX) s’envolait, les taux obligataires se tendaient et les indices américains connaissaient une correction majeure de plus de 10%. Prémisses d’un marché baissier ou consolidation salutaire ?

Les raisons de la baisse des cours : le message clair adressé à Jerome Powell

Revenons tout d’abord sur les raisons avancées au sujet de la baisse des cours. Le vendredi 2 février, les chiffres mensuels de l’emploi américain ont fait ressortir une hausse de 0,3% des salaires soit un dixième de plus que les attentes. Les taux US se sont alors emballés, ce qui aurait engendré un sentiment de stress des investisseurs. Ces derniers, globalement acheteurs d’actions et massivement vendeurs de volatilité auraient rapidement débouclé leurs positions, engendrant ainsi un mouvement de panique sur les marchés. Autrement dit, les marchés actions auraient baissé car l’économie va trop bien.

Il nous apparaît cependant plus opportun de considérer une conjonction de facteurs techniques pour expliquer cette baisse des cours :
- Les indices américains étaient à des niveaux de valorisations historiques
- L’euphorie était palpable avec des entrées record sur les fonds actions en janvier
- Le pourcentage de particuliers optimistes sur les actions avait également atteint un record
- Le marché obligataire devait se recalibrer sur les perspectives économiques de 2018
- Les vendeurs de volatilité, trop complaisants, se sont fait prendre à leur propre jeu.

Il suffisait alors, dans ces conditions, d’une seule étincelle pour mettre le feu aux poudres et engendrer un mouvement de liquidation en cascade provoquant ainsi cette violente chute des indices aux quatre coins de la planète entre les vendredi 2 et 9 février. Il aura donc fallu une semaine avant que les investisseurs ne reprennent leurs esprits et que les cours se stabilisent.

Il n’y a pourtant pas de raison évidente pour que les cours dévissent à court terme. En effet, les résultats des entreprises américaines sont attendus à des niveaux record cette année, la macroéconomie est au beau fixe, le nombre de pays attendus en récession par le FMI est au plus bas depuis 20 ans et les banquiers centraux continuent de remonter les taux très progressivement, afin de ne pas choquer les opérateurs qui s’étaient habitués à « l’argent gratuit ».

Il se pourrait pourtant que cela ne soit pas un hasard si les taux se sont emballés le jour de la prise de fonction du remplaçant de Janet Yellen à la Réserve Fédérale Américaine (Fed). Les marchés en ont profité pour passer un message clair à Jerome Powell : « Ne remontez pas les taux trop rapidement ou les actions en pâtiront ». Ce message semble être passé puisque le nouveau Président de la Fed a déclaré le 13 février dernier que la Fed « préservera les avancées essentielles en matière de régulation financière tout en s'assurant que nos politiques soient aussi efficaces que possible ; nous resterons vigilants vis-à-vis de tout risque susceptible de porter atteinte à la stabilité financière ». Comprenez par-là que la Banque centrale est présente et fera le nécessaire ou son possible, pour éviter un krach boursier.

Le terreau d’un changement de rythme des marchés ne nous semble pas encore constitué, même si la fin du cycle économique en place depuis 9 ans aux USA et qui pourrait enfin arriver à son terme d’ici quelques trimestres est à étudier avec grande attention. En attendant, des éléments plaident pour une stabilisation de la situation voire un rebond.

Phénomène récurrent d’un marché haussier, la consolidation

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Indices S&P 500 depuis 2009
Source : LBPAM Bloomberg au 09/02/2018

Ci-dessus l’indice directeur américain, le S&P 500, ancré dans un marché haussier depuis mars 2009. La première bonne nouvelle est que nous avons enfin retrouvé des marchés que l’on peut qualifier de « normaux » avec des hausses, mais aussi des baisses, ce que nous avions oublié depuis bien longtemps. Pour rappel, le S&P 500 a enchainé sa plus longue séquence haussière de toute l’histoire avec 407 séances, sans connaître une correction de 5%. Il fallait que cela cesse. Le retour de la volatilité est une bonne chose car elle va générer des opportunités et permettre aux plus sélectifs de surperformer le marché alors que jusqu’ici il suffisait de s’accrocher au train de la hausse et de fermer les écrans.

La seconde bonne nouvelle est qu’une baisse de 8 à 12% est un phénomène récurrent et légitime sur des indices boursiers. Pour preuve, nous avons connu 8 corrections boursières en 9 ans, et si celle-ci était tout simplement la 9ème ?

Les excès engendrent des excès

Euphorie et peur ont un point commun, ce sont des sentiments que l’on retrouve chez les investisseurs lorsque les marchés sont excessifs, ce qui fût le cas récemment. A l’étude de l’indicateur « peur et avidité » du site américain CNN Money, nous pouvons constater que les investisseurs sont passés d’un sentiment de béatitude il y a un mois seulement à un sentiment de peur extrême la semaine passée. Or, depuis 2014, à chaque fois que cet indicateur est passé d’un extrême à l’autre, cela a coïncidé avec l’émergence d’un creux de marché. Pourquoi pas cette fois-ci ?

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Indicateur Peur et avidité
Source : CNN Money au 11/02/2018

Analyse technique de l’indice S&P 500 en données hebdomadaires depuis 2016

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Indice S&P 500 depuis 2016
Source : Prorealtime au 13 février 2018

Comme il est d’usage de le rappeler, les excès engendrent souvent des excès. Or, force est de constater que nous avons assisté à un excès haussier majeur il y a 3 semaines. Alors que l’indice S&P 500 était ancré dans une tendance haussière manifeste depuis près de deux ans, les cours se sont permis le luxe de sortir par le haut du canal haussier qui les cadrait jusqu’ici. Ce genre de mouvement euphorique est rare et conduit généralement à un revers baissier, auquel nous avons pu assister par la suite, sorte de phénomène de « normalisation ».

• Point négatif, les vendeurs gardent la main à court terme et leur pression se fait encore sentir alors que nous attendons la publication de chiffres économiques d’importance dans les séances à venir.
• Point positif, nous constatons que le canal de tendance haussière est intact et qu’une réaction positive a eu lieu au contact de sa borne basse. Conjuguée à ce pivot chartiste, la moyenne mobile à 200 séances (ici en orange), garante de la dynamique de long terme très scrutée par les analystes techniques a été réactive ce qui est de bon augure. En effet, depuis 1980, 35 des 36 corrections de 10% ont engendré un repli vers la moyenne mobile à 200 séances avant une reprise de la hausse. Tout espoir n’est donc pas perdu.

En conclusion, il fallait bien que l’élastique tendu de la complaisance casse à un moment donné. Un ajustement violent a eu lieu, des supports majeurs ont été testés et les acheteurs n’ont peut-être pas dit leur dernier mot. Dans les semaines à venir, nous allons voir si les cours latéralisent ou se font des frayeurs sur les supports évoqués, ce qui n’aurait rien d’incompatible avec une reprise haussière ultérieure. Seule une cassure violente, accompagnée de volatilité et d’actualités macroéconomiques négatives pourrait faire pencher la balance du côté baissier.

Voyons si l’onde de choc se propage, car si une réplique prend forme après le séisme auquel nous venons d’assister, les fondations du marché haussier que nous connaissons depuis 9 ans maintenant pourraient être ébranlées. Mais rappelons-nous des derniers excès baissiers lors du Brexit et de l’élection de Donald Trump, le pire n’est peut-être pas certain…

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Avertissement

© Photo Philippe Dureuil

Article achevé de rédiger le 14 février 2018.

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