Faut-il rester ou sortir du marché ?

Franck Pauly

Faut-il rester ou sortir du marché ?

10 JANVIER 2018
Par Franck Pauly,  Journaliste indépendant - Fondateur de FAP Conseil

Le groupe britannique de rock, les Clash, faisait un tabac dans les années 80 avec leur « Should I stay or should I go … ». Aujourd’hui cette question pourrait s’appliquer aux marchés financiers : elle se pose avec des actions qui paraissent chères - Wall Street est à son plus haut depuis 2000 - et des taux d’intérêt qui restent bas.
Car près de dix ans après la crise financière de 2007/2008, l’économie est repartie à peu près partout dans le monde. La croissance mondiale est en effet aujourd’hui synchronisée, le FMI anticipant désormais + 3,6 % en 2017 et + 3,7 % en 2018, soit 0,1 point de plus que dans ses précédentes prévisions d'avril.


Des conditions favorables toujours présentes

Du coup, les banques centrales qui étaient à la manœuvre toutes ces années pour tenir l’économie à bout de bras à coup d’injections de liquidités et de taux d’intérêt très bas, commencent à lever le pied. C’est le cas aux Etats-Unis ou la Fed a inversé sa politique monétaire en relevant très progressivement ses taux, puis en réduisant ses rachats d’actifs.

Les autres banques centrales ont déjà réagi comme la Banque d’Angleterre : pour la première fois après 10 ans de politique accommodante, la banque d’Angleterre a relevé ses taux le 2 novembre de 0,25% à 0,5%. D’autres suivront en 2018 ou 2019 comme la Banque Centrale Européenne, puis probablement la Banque du Japon par la suite.

Quelles seront les conséquences pour les actions ? Faut-il rester ou sortir du marché ? Faut-il prendre ses bénéfices ?

Ces conditions très favorables aux marchés actions vont certes disparaître. Mais à terme et petit à petit. Car la croissance peu inflationniste jusqu’ici ne met pas de pression sur les banques centrales pour abandonner rapidement leur politique expansionniste. Le mouvement devrait donc rester progressif comme jusqu’à présent, avec des banques centrales très attentives à leur communication, leur « guidance », pour ne pas affoler les marchés. Cela dit, une « mauvaise » communication d’une banque centrale pourrait déclencher un krach obligataire comme en 1994 lorsque la Fed a brusquement décidé de relever ses taux.

Autre question à considérer : la correction pourrait aussi venir du crédit. Les rendements des emprunts des entreprises sont élevés. Et s’ils venaient à baisser brutalement un mouvement de panique pourrait s’en suivre et se propager aux actions. Et la réduction des rachats de titres par les banques centrales réduit la liquidité sur les obligations d’Etat, comme sur le crédit.

Changement de régime par la suite

Nombre d’analystes soulignent toutefois que ces perspectives ne concernent pas les mois à venir et ne seront à prendre en compte que sur la 2eme partie de 2018, voire 2019.

Jérôme Powell, le nouveau patron de la Fed américaine, va en effet s’inscrire dans le sillage de Janet Yellen : il devrait continuer de relever les taux progressivement, probablement 3 fois l’année prochaine. Cela est déjà intégré dans les cours actuels.

L’économie mondiale entame sa neuvième année d’expansion, l’inflation reste faible et les prévisions macro - comme micro sur les bénéfices de sociétés - sont optimistes.

Dans un tel contexte, pour les investisseurs ayant une vision long terme, rester investi permet de profiter de l’éventuelle poursuite de la progression du marché. Rappelons que lorsqu’on sort du marché, on « rate » tout mouvement de hausse. Pour les investisseurs ayant une vision plus « court termiste », prendre des bénéfices partiels sur les actions ayant le plus monté permet de sécuriser une partie des gains.