Faut-il gérer le risque politique dans un portefeuille ?

Franck Pauly

Faut-il gérer le risque politique dans un portefeuille ?

5 OCTOBRE 2017
Par Franck Pauly,  Journaliste indépendant - Fondateur de FAP Conseil

Les classes d'actifs risquées, notamment les actions, restent soutenues par une croissance économique mondiale solide et la poursuite des politiques de relance monétaire accommodantes. Mais quelques nouveaux éléments appellent les investisseurs à la vigilance. Outre les valorisations élevées, l'aléa politique reprend de l'importance : il a été illustré par de nouvelles sorties inattendues de Donald Trump sur l'attentat de Charlottesville ou sur la Corée du Nord cet été, puis à nouveau en septembre, et les attentats terroristes en Espagne en août...

En août, comme en septembre, le regain de tension entre les Etats-Unis et la Corée du Nord s'est immédiatement traduit par une hausse de l'aversion au risque et des baisses des marchés. Et pour la première fois depuis le lancement de l'enquête mondiale RiskMonitor d'Allianz Global Investor en 2013, l'environnement géopolitique supplante l'ensemble des facteurs de risque identifiés par 755 investisseurs institutionnels interrogés dans cette enquête annuelle.

Plus de 4 investisseurs sur 10 préoccupés par le risque géopolitique

Sur l'ensemble des investisseurs internationaux sondés, 44% indiquent que l'environnement géopolitique constitue un risque majeur pesant sur la performance de leurs investissements, plaçant ainsi ce facteur devant le risque d'un ralentissement de l'économie mondiale (41%) et la remontée des taux d'intérêt (32%).

L'incertitude politique restera probablement élevée notamment en raison d'éventuels changements gouvernementaux et géopolitiques à travers le monde. Les analystes s'accordent pour identifier 4 risques géopolitiques majeurs : la montée en puissance des mouvements populistes, le protectionnisme, une gouvernance internationale plus faible, et le conflit militaire avec la Corée du Nord. Alors comment faire ? Comment peut-on gérer ces risques ?

Tout d'abord prendre en compte les faits : il s'agit avant tout d'estimer le risque existant ou à venir. Certaines décisions ne sont pas bien anticipées comme l'an dernier le Brexit et l'élection de Donald Trump qu'aucun sondage n'avait vu venir. Là, on ne peut pas faire grand-chose… Mais certains événements politiques sont bien inscrits dans le calendrier comme les élections allemandes ou autrichiennes cet automne, et italiennes probablement début 2018. Et permettent de se prémunir contre un risque de secousse passager. Car dans la plupart des cas, l'impact sur les marchés sera limité et souvent de courte durée, du moins si l'on se base sur les leçons du passé.

Diverses stratégies de couverture sont envisageables

Donc première règle que l'on peut appliquer : rester momentanément à l'écart d'un pays où il y a un événement politique susceptible de créer des remous. Si vous êtes exposé sur ce pays, vous pouvez vous couvrir par exemple avec des produits de bourse sur l'indice ou sur la devise de ce pays.

Plus globalement, certains investisseurs redoutent une plus faible coordination politique mondiale en raison de l'attitude des Etats-Unis qui s'éloignent de leurs alliés de longue date et abandonnent certains accords internationaux. Vous pouvez donc aussi surveiller les indices de volatilité comme le VIX aux Etats-Unis pour mesurer la tension présente sur la bourse américaine, un marché directeur. Mais vous pouvez également vous couvrir en utilisant des produits de bourse sur les grands indices mondiaux (MSCI World, DJ etc) qui ne manqueront pas de réagir.

Enfin, ne négligez pas l'or bien entendu. Valeur refuge par excellence, le métal jaune est d'ordinaire nettement plus soutenu dans des phases de tensions géopolitiques qu'en période de calme plat. Les devises refuges comme le Franc Suisse, le Yen ou la Couronne Norvégienne peuvent aussi remplir cette fonction.