Fallait-il vendre en mai ?

Franck Pauly

Fallait-il vendre en mai ?

6 JUIN 2018
Par Franck Pauly,  Journaliste indépendant - Fondateur de FAP Conseil

Alors que le mois boursier d'avril a dégagé un superbe gain de 6,84 %, sa plus forte hausse mensuelle depuis octobre 2015, le mois de mai affichait une avance d'environ 1% (au moment de la rédaction de cet article, le 23 mai 2018). Mai est souvent un mois charnière en bourse. Selon un célèbre adage boursier anglais, "sell in May and go away" (vendez en mai et partez) : le mois de mai serait l'occasion de prendre ses bénéfices et d'attendre un retour de meilleures conditions à la mi-septembre pour revenir sur le marché ? Dès lors, fallait-il vendre en mai ? Que penser de cet adage ?

Un certain nombre d'investisseurs croient à une saisonnalité des marchés et pensent que les performances boursières sont meilleures de novembre à avril que de mai à octobre. De sérieuses études universitaires britanniques ont même identifié l'apparition de cet adage en 1694 !


Les crises financières ont souvent lieu durant l'automne

La raison de cette croyance ? Tout d'abord, les grandes crises boursières apparaissent souvent à l'automne : c'est le jeudi noir emblématique du 24 octobre 1929 et le lundi noir d'octobre 1987, ou encore la débâcle du fonds Long Term Capital Management en septembre 1998, et plus près de nous la faillite de Lehman Brothers à la mi-septembre 2008.

Autre explication : les mois d'été sont souvent agités. Les "window dressings", les habillages de portefeuilles des gérants conduiraient à des ventes estivales. Car en milieu d'année, ils auraient tendance à liquider leurs positions de qualité pour s'intéresser à des valeurs plus risquées, potentiellement plus rémunératrices.

Par ailleurs, les volumes baissent généralement durant la période des vacances, de nombreux gérants étant absents, ce qui pourrait expliquer une volatilité plus élevée dans des marchés plus étroits. Et rendre le travail des chartistes moins prédictifs et moins fiables dans des volumes plus limités.

Enfin, les dividendes sont souvent versés en mai et juin : ce qui fait baisser les actions car les cours s'ajustent du montant du dividende (mais d'ordinaire remontent par la suite).

Les statistiques de performance sont divergentes

Pour autant, les statistiques de performances ne sont pas toujours probantes. Si une étude de S&P et une autre d'Aurel BGC donnent un avantage relatif non négligeable à la période novembre/avril, une autre de Bloomberg donne des résultats très différents suivant les classes d'actifs considérées.

De 1945 à 2011, l'indice S&P 500 a affiché une performance positive sur 78% des périodes entre novembre et avril selon Sam Stovall, stratégiste chez S&P Capital IQ. Avec une performance (hors dividendes) de +6,8%. A l'inverse, sur les périodes de mai à octobre, la fréquence des performances positives n'est plus que de 64%, pour une performance moyenne de +1,3%.

Selon une autre étude d'Aurel, les performances du CAC 40 sur les quatre premiers mois de l'année entre 2000 et 2017 sont gagnantes à 11 reprises en 18 ans, ainsi qu'entre octobre et décembre à 13 reprises, alors qu'elles n'ont été positives que 7 fois sur la période allant de mai à septembre.

Mais selon les calculs de Bloomberg, si les performances du Stoxx 600 ont été négatives en moyenne de 1 % pour la période du 1er mai au 15 septembre entre 1988 et 2017 et celles du FTSE de -0,4 % en moyenne, le S&P 500 a dégagé un gain moyen de 1,2 % sur la période, le high yield américain une hausse de 2 % et les Bons du Trésor de 2,8 %. On le voit, les performances saisonnières sont très différentes suivant les marchés considérés.

Mieux vaut donc se fier aux fondamentaux macro et micro économiques et à ses propres anticipations de marché, pour ne pas rater un éventuel "rally" d'été, plutôt qu'à un adage qui marche… ou pas.

Avertissement

Article achevé de rédiger le 23 mai 2018.

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