Euro : méfions-nous de l'eau qui dort

Nicolas Chéron

Euro : méfions-nous de l’eau qui dort

19 OCTOBRE 2017
Par Nicolas Chéron,  Responsable de la Recherche Marchés pour Binck.fr

Cela fait bientôt trois mois que la monnaie unique européenne a cessé d’évoluer en tendance haussière contre le dollar américain. A l’instar des marchés actions, la volatilité sur les changes est extrêmement faible, les opérateurs ne sachant pas sur quel pied danser en attendant la clarification des politiques monétaires de la Fed et de la Banque Centrale Européenne (BCE) pour 2018.

Plus cette période d’indécision durera, et plus la sortie de cette zone de congestion pourrait être violente, raison pour laquelle nous allons identifier les seuils techniques à surveiller dans les semaines à venir. Mais d’abord, focalisons notre attention sur la résilience de la paire EURUSD ces dernières semaines, de nombreuse fois attaquée par les cambistes sur fond de facteurs politiques négatifs, sans pour autant perdre du terrain.


Le 25 septembre dernier, les médias évoquaient un euro affaibli par les résultats plus défavorables que prévu du parti conservateur CDU de Mme Merkel. Car même si la Chancelière a remporté son quatrième mandat, le mauvais score de son parti couplé à une poussée du parti d’extrême droite AFD pouvait rendre plus complexe les discussions pour un nouveau gouvernement de coalition.

Le 27 septembre, ce fût au tour de Janet Yellen de soutenir le dollar et donc peser sur le cross EURUSD en évoquant une forte probabilité de voir une nouvelle hausse de taux d’ici la fin de l’année aux Etats-Unis. Néanmoins, force est de constater que la probabilité d’une hausse de taux au vu des Fed Funds est désormais totalement « pricée » (prise en compte dans les prix par les marchés) et que le dollar ne gagne plus de terrain pour autant.

Le 2 octobre, le référendum sur l’indépendance de la Catalogne a engendré une nouvelle accélération baissière menant l’Espagne vers l’une de ses pires crises constitutionnelles depuis plusieurs décennies selon de nombreux experts. Toutefois, notons que la situation a pesé sur l’indice espagnol et ses bancaires mais qu’il n’a pas affecté la progression des principaux indices européens dont le DAX vers de nouveaux records historiques. Peut-on alors parler de risque de contagion et de baisse prononcée de l’euro ? Rien n’est moins sûr.

Depuis le 13 octobre dernier, les opérateurs évoquent des rumeurs selon lesquelles la BCE envisagerait de diminuer son programme de rachat d’actifs tout en le prolongeant de neuf mois. D’autres opérateurs anticipent que la BCE ne diminuera pas son programme de rachats d’actifs autant que prévu (de 60 à 30/40 milliards de rachats d’actifs par mois). De ce fait, l’euro reste sous une pression constante, en attendant la prochaine décision monétaire de la BCE le 26 octobre prochain.

Enfin, le mardi 17 octobre, les opérateurs prenaient note de l’inflation à 1,5% en zone euro en septembre sur un an, soit moins que ce que les enquêtes comme celle du moral des investisseurs allemands pouvaient laisser espérer. Or, tant que l’inflation ne tend pas vers les 2%, la Banque Centrale Européenne sera obligée de maintenir en place ses mesures de soutien, ce qui a pour effet de peser mécaniquement sur la devise européenne.

En d’autres termes, l’euro a été délaissé. Il a d’ailleurs enchainé une séquence de 5 séances de baisse consécutives entre le 12 et le 18 octobre ce qui prouve la défiance des investisseurs à son égard mais force est de constater que ce dernier plie mais ne rompt pas. La paire EURUSD évolue entre les bornes 1.189 et 1.165 depuis 3 semaines et rien ne nous dit que la sortie se fera par le bas pour le moment. Il convient donc de rester factuel, neutre à court terme et de prendre du recul sur la situation graphique pour cerner les pivots graphiques à suivre dans les séances à venir.

Graphique long terme de l’euro contre le dollar depuis la crise de 2008

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Source : Prorealtime au 16 octobre 2017

En données mensuelles, nous pouvons constater une tendance baissière de fond en place depuis 10 ans, matérialisée par un canal descendant. Après une chute vertigineuse de 1500 pips entre mai 2014 et mars 2015 (en amont du lancement du plan d’assouplissement quantitatif européen), les cours ont latéralisé pendant 18 mois dans un canal horizontal, s’approchant de la parité, sans jamais l’atteindre.

S’en est suivi un contrepied haussier puissant, alimenté par les élections françaises en mai 2017, engendrant par la suite une cassure par le haut de la résistance pluriannuelle des 1.145 USD en juillet dernier. Techniquement, l’objectif haussier induit par ce signal se situe à 1,245 USD, par report de la hauteur du range précédent à sa cassure (flèche en orange). Toutefois, nous ne pouvons pas écarter un reflux baissier, la tendance de long terme pouvant reprendre ses droits à tout moment.

Graphique court terme de l’euro contre le dollar

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Source : Prorealtime au 16 octobre 2017

A plus court terme, en données journalières, les adeptes d’analyse technique reconnaîtront aisément la formation d’une « potentielle » Epaule Tête Epaule (notifiée ETE sur le graphique ci-dessus). Ne sous-estimons pas le caractère conditionnel de cette figure chartiste car cette dernière nécessite une cassure du support situé à 1,165 USD pour être considérée comme « valide », ce qui n’est actuellement pas le cas. L’objectif baissier théorique de ce pattern (indiqué par les flèches en rouge) se situe à 1,1215 USD soit les 50% de retracement de toute la hausse entre 1,035 et 1,21 USD.

A contrario, si le support des 1,165 USD devait tenir et que les plus hauts des dernières séances à 1,188 USD cédaient, un nouveau contrepied haussier pourrait prendre forme en direction des plus hauts annuels voire de nouveaux records (au regard des objectifs mensuels évoqués précédemment). Aussi, nous nous garderons bien d’anticiper la sortie de la zone de congestion en cours et nous patienterons en vue d’un hypothétique signal clair, avant le mois de décembre.

Avertissement

© Photo Philippe Dureuil

Article achevé de rédiger le 18 octobre 2017.

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