Configuration explosive sur le pétrole

Nicolas Chéron

Configuration explosive sur le pétrole

19 MARS 2018
Par Nicolas Chéron,  Responsable de la Recherche Marchés pour Binck.fr

L’évolution des cours du pétrole a une forte influence sur les anticipations d’inflation, actuellement au cœur des débats sur les marchés financiers. Si l’or noir monte fortement, les anticipations d’inflation en profitent, les banques centrales deviennent moins accommodantes et les taux ont tendance à se tendre. A l’inverse, une forte baisse du pétrole aura tendance à peser sur les anticipations d’inflation et (à moindre échelle) à repousser les hausses de taux aux USA et la fin de la politique accommodante des banques centrales comme celle de la Banque centrale européenne.

Autrement dit, l’analyse de l’or noir est une des données clés qu’il ne faut pas négliger. D’autre part, nombreux sont les investisseurs à s’intéresser aux valeurs pétrolières et parapétrolières, raison supplémentaire pour faire un point fondamental puis analyser la situation graphique du pétrole WTI.

Pour commencer, nous avons interrogé un spécialiste du secteur sur sa vision de moyen/long terme. Voici ce que pense Alexandre Andlauer, analyste sur le secteur énergétique pour le cabinet de recherche AlphaValue : « La croissance de la production américaine est revue à la hausse de façon significative depuis que les cours du pétrole ont franchi les 60 dollars le baril. Cette croissance pourrait atteindre 1.5 million de baril par jour fin 2018 par rapport à 2017 alors que d’un autre côté, la croissance de la demande mondiale est révisée à la baisse et ne devrait être que de 1.4 million de barils par jour. Cela signifie qu’à lui seul, le schiste américain peut faire face à la croissance de la demande au niveau mondial.

D’autres projets vont commencer à produire du pétrole ailleurs dans le monde grâce à des investissements effectués en 2014-2015. Nous nous dirigeons donc vers une hausse des stocks au niveau mondial, au moins jusqu’à la fin de l’été, ce qui mettra la pression sur les prix du pétrole et pourrait les amener à une zone de prix de 50/55 dollars le baril. Seule la chute du Venezuela ou de fortes tensions géopolitiques semblent pouvoir éviter ce scénario. A plus long terme néanmoins, le pétrole de schiste ne sera pas suffisant pour palier à la hausse de la demande mondiale et nous pouvons imaginer à nouveau une hausse graduelle du prix du baril en direction des 80 voire 100 dollars d’ici à 2020/21. »

Production américaine de pétrole en centaine de milliers de barils par jour

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Graphique mensuel de la production américaine de pétrole
Source : Agence Internationale de l’Energie, mars 2018

Autrement dit, les cours du brut qui végètent depuis plus d’un mois sont tiraillés entre la bonne tenue de la demande et la hausse continue de la production américaine (graphique ci-dessus) qui menace de saper les efforts de l’Opep pour rééquilibrer le marché mondial. Difficile de dire lequel des deux camps va gagner, raison pour laquelle l’analyse graphique pourrait une fois de plus faire office de boussole.

Graphique du pétrole WTI depuis octobre 2017

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Graphique journalier du pétrole WTI
Source : ProReaTtime au 15/03/18

De juin 2017 à janvier 2018, la hausse de l’or noir, semblable à celle des indices, était comparable à un long fleuve tranquille. Début février, la donne a complètement changé en raison d’une conjonction de facteurs négatifs : l’aversion au risque sur les indices qui a pesé sur le pétrole (ce dernier étant un actif dit « risqué »), le rebond technique du dollar américain qui était baissier depuis plusieurs mois, et bien sûr la nécessité de corriger la hausse en quasi ligne droite des mois précédents. Depuis, la balle est au centre, aucun camp n’a pris le dessus et les cours sont comprimés à l’intérieur d’un triangle chartiste, dont la sortie devrait faire naître une tendance. Au-dessus des 62/62.5 dollars, très travaillés ces quinze derniers jours, les 64 voire les plus hauts annuels seraient en ligne de mire. A contrario, une cassure de la borne basse conjuguée à la moyenne mobile à 100 séances provoquerait potentiellement un retour vers les 58 voire les 55 USD cités plus hauts dans cette analyse.

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Avertissement

© Photo Philippe Dureuil

Article achevé de rédiger le 15 mars 2018.

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