Comment investir dans les biotechs ?

Emilie Da Silva

Comment investir dans les biotechs ?

7 SEPTEMBRE 2018
Par Emilie Da Silva, Gérante du fonds NOVA Europe et Porte-Parole de la gestion chez Alto Invest

Euronext est la place phare du secteur biotech en Europe et la 2ème place au monde, derrière les Etats-Unis. 48 sociétés composent désormais l’indice sectoriel Next Biotech. Au 30 juin dernier, cet indice était en croissance de près de 142% depuis sa création en 2008, surperformant le CAC40 et le CAC Mid & Small (source : euronext). Mais attention, si ces performances peuvent paraître attractives de prime abord, elles ne doivent pas masquer les risques inhérents à ce compartiment très spécifique et notamment la volatilité liée à ce profil de risque.

Graphique_AltoInvest
Source : Euronext. Données du 7 avril 2008 au 30 juin 3018.

Quand les indicateurs classiques n’ont plus de sens… Les sociétés de biotechnologies sont spécialisées dans la recherche de nouveaux traitements pour lutter contre des maladies souvent mal contrôlées ou dont les chances de survie sont faibles. La mise au point de ces traitements, souvent très innovants, nécessite de lourds investissements et un temps de recherche et développement de l’ordre de 10 à 15 ans, 10 à 15 ans pendant lesquels la société ne génère souvent pas, ou peu, de produits d’exploitation et va donc devoir se financer auprès d’investisseurs capables de l’accompagner, tout en portant le risque non négligeable d’un échec. L’investisseur va donc essayer de maîtriser au mieux ce risque. Habituellement, les indicateurs financiers sont clefs pour analyser le risque. Mais comment faire dans le cas d’une société ne générant aucun revenu ?

Seul indicateur purement financier valable dans le cas d’une biotech, la trésorerie disponible mise au regard de ses besoins de financement ! En plus de donner une indication fiable sur la viabilité de l’entreprise, le taux de « cash-burn », c’est-à-dire le temps que met cette entreprise à consommer sa trésorerie, permet d’anticiper les échéances de refinancement et donc les risques de dilution. Il est donc utile de regarder attentivement ce point afin d’investir au bon moment.

La science, le potentiel de marché, la qualité du management, la stratégie commerciale sont autant d’éléments déterminants à apprécier. Et ce n’est pas toujours chose aisée. Le portefeuille de projets (pipeline), dont elle dispose est évidemment clef : nombre de candidats-médicaments en développement, pathologies ciblées et nombre de patients concernés, objectifs poursuivis, intérêt des grands laboratoires pharmaceutiques pour les pathologies ciblées, concurrence et avancement des développements.

La diversification du portefeuille de candidats-médicaments, mais aussi du nombre de domaines thérapeutiques sur lesquels ils pourront être exploités, peuvent permettent de limiter le risque.

Le calendrier des études cliniques est également un sujet à approfondir. L’évaluation clinique d’un médicament repose sur trois phases. La Phase I est évidemment la plus risquée. En phase II, en moyenne un peu plus de 30% des études donnent des résultats permettant de poursuivre les recherches. Le taux de réussite en phase III se situe quant à lui autour de 63%. Enfin, il subsiste un risque d’échec même après une étude de phase III réussie : entre 15% et 20% des médicaments n’arrivent finalement pas sur le marché (source : Rapport 2018 LEEM, citant « The R&D cost of a new medicine » - déc. 2012). Logiquement, plus les développements cliniques sont avancés, moins le risque d’échec est élevé, et plus la commercialisation est proche. Le calendrier est d’autant plus important que les annonces de résultats d’études cliniques constituent les principaux leviers d’évolution des cours.

La stratégie commerciale envisagée doit être étudiée afin de comprendre le modèle économique et les sources de revenus potentiels. Selon qu’elle choisit de commercialiser son produit en direct ou au travers de partenariats avec des grands laboratoires, la société n’enregistrera pas les mêmes chiffres et les cadencements de rentrée d’argent seront également sensiblement différents. Et pour apprécier le potentiel de cette stratégie, il est indispensable d’étudier l’intérêt que portent les laboratoires aux pathologies ciblées, les molécules concurrentes en cours de développement et le modèle économique propre à chaque classe thérapeutique.

Pour mener à bien cette stratégie, le management est décisif. Comme dans tous les secteurs, mais peut-être plus encore dans cet univers où les dirigeants doivent interagir avec des publics particulièrement variés, la qualité des équipes est déterminante. A regarder : leur engagement dans la société, leur expérience, leur capacité à convaincre… En complément, la qualité de l’actionnariat, sa stabilité, la présence de fonds spécialisés constituent de bons indicateurs.

En bourse, le secteur des biotechnologies est très volatile, chahuté au gré des annonces de résultats. Alors, dernier point, mais probablement le plus important : la diversification du portefeuille actions ! L’épargne est généralement constituée de plusieurs produits aux profils de risques complémentaires. Le principe est le même pour un portefeuille actions qui ne devrait jamais être investi sur un seul secteur, encore moins sur une seule valeur. C’est le fondement même des grands principes de gestion de risque et si cela peut paraître basique, on entend encore trop souvent des actionnaires individuels « miser » tout leur argent sur un même secteur, voire même une seule valeur !

Investir dans le secteur des biotechs prend donc du temps, beaucoup de temps ! Devant l’ampleur de la tâche, se pose la question de la pertinence d’un investissement en direct au capital de ces sociétés. Face au nombre croissant de biotechs cotées, les sociétés de gestion se sont en effet structurées de façon à mieux appréhender cette classe d’actifs particulière.

Alors, en direct ou au travers de fonds, à vous de choisir la manière qui vous correspond le plus pour aborder un secteur porteur d’innovation, sur lequel la France bénéficie d’une place reconnue au niveau mondial !

Avertissement

Article achevé de rédiger le 21 août 2018.

Les informations fournies présentent un caractère purement informatif, elles ne constituent pas un conseil en investissement, ni une recommandation d’achat ou de vente d’instruments financiers ou de la recherche en investissement.
Les informations données dans ce document sont à titre informatif. Vous êtes seul responsable des éventuelles décisions que vous prendrez sur la base de ces informations. Il est conseillé de se renseigner auprès d'un conseil en investissement agréé avant de prendre une décision d'investissement. Binck.fr ne saurait en aucun cas être tenue pour responsable de l’utilisation faite de cette information par les lecteurs et des conséquences financières, fiscales ou autres résultant des décisions financières prises par ses clients, notamment sur la base de cette information.

Le placement en Bourse est risqué, vous pouvez subir des pertes. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures, ne sont pas constantes dans le temps et ne constituent en aucun cas une garantie future de performance ou de capital.