Chaque chose en son temps

Nicolas Chéron

Chaque chose en son temps

7 NOVEMBRE 2018
Par Nicolas Chéron,  Responsable de la Recherche Marchés pour Binck.fr

Les émergents perdent plus de 20% depuis le début de l’année, l’indice CAC40 est passé dans le rouge en quelques séances (-7% à la date du 24 octobre) et les indices américains consolident la hausse en quasi ligne droite des six derniers mois. Enfin les opérateurs ont pris note des risques qui pesaient sur les marchés à moyen terme, l’euphorie a laissé place à un retour à la réalité et les analyses que nous écrivons depuis des mois pour prévenir des risques baissiers prennent tout leur sens. Enfin les indices européens sont passés de leur borne haute à leur borne basse permettant un retour de la volatilité. Enfin les analystes fondamentaux commencent à parler d’un scénario de ralentissement économique tout comme nous le faisions depuis le début de l’année 2018. Enfin.

La question qui se pose désormais est la suivante : connaissons-nous une violente correction de moyen terme ou est-ce le début d’un marché baissier de long terme ? A ce sujet nous sommes partagés. Autant il ne semble manquer qu’une étincelle pour faire basculer les marchés dans la peur, autant cela a déjà été le cas à maintes reprises depuis deux ans sans pour autant que les marchés ne flanchent. En corrigeant ces dernières semaines, les indices se sont resynchronisés avec des fondamentaux qui se dégradent peu à peu : un ralentissement économique en Europe, le poids de la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis, et des résultats d’entreprises de bonne facture au troisième trimestre mais sans surprises positives, et pire encore, un nombre de révisions à la baisse pour les trimestres à venir qui a piqué de stress les investisseurs. Sont-ce les prémisses d’une fin de cycle économique et d’une fin de cycle boursier haussier ? Nous le pensons très clairement. Est-ce que les indices vont chuter en ligne droite pour autant ? Rien n’est moins sûr, chaque chose en son temps.

En effet, lorsque le consensus était particulièrement acheteur sur les plus hauts annuels, nous étions devenus méfiants. Or, il se trouve que ce même consensus est en train de passer d’unanimement haussier à extrêmement pessimiste, nous invitant une nouvelle fois à surveiller un éventuel contrepied. L’indice CAC40 évolue depuis plus d’un an dans un range entre le seuil symbolique des 5000 points, pour faire simple, et la zone des 5550/5600, et il ne faudrait pas vendre la peau du support avant de l’avoir cassé durablement. Point important à ce sujet, passer 100 points sous un support de long terme ne veut pas forcément dire qu’il est ou qu’il va casser, nous travaillons la zone mais aucune accélération baissière majeure n’a encore eu lieu sous ce niveau de prix. En d’autres termes, un rebond technique voire une nouvelle rotation haussière ne nous semblent pas inconcevable.

Autre raison de la baisse ? L’approche des midterms aux Etats-Unis engendre de l’incertitude outre atlantique. Ce rendez-vous de mi-mandat pour Donald Trump sera suivi avec grande attention et pourrait engendrer d’énièmes trous d’airs. Toutefois, que font les indices américains depuis 50 ans à la fin d’année une fois les élections de midterms terminées ? En moyenne, ils prennent 5% (source Datastream). Ce n’est qu’une moyenne historique sur une dizaine d’exemples mais cela nous semble un élément à ne pas écarter.

Graphique hebdomadaire du CAC40 depuis 2015

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Graphique du CAC40
Source : ProRealTime au 24/10/18

Graphiquement, l’indice CAC40 évolue dans un canal haussier depuis l’année 2009. La borne basse de ce canal haussier passe vers 4600 points. Seule la rupture de ce seuil de long terme signifierait la mise en place d’un marché baissier ou « bear market ». En effet, on considère généralement un marché baissier à partir de 20% de baisse depuis ses plus hauts. Autrement dit, il reste de la marge pour corriger à la baisse en cas de nouvelles frayeurs, sans pour autant déclencher la fin du monde. Est-ce que les cours sortiront à terme de ce canal baissier par le bas ? Nous le pensons, mais le long terme demande de la patience et ce n’est pas ici le sujet.

Objectivement, le CAC40 est sur le fil du rasoir, il peut se faire peur, mais rien n’est acté. En données hebdomadaires nous pouvons constater que nous sommes sur le seuil de la moyenne mobile à 200 périodes en rappel à 4930 points, déjà support par le passé fin 2014 et fin 2016. Si tant est que la zone tienne, des opportunités d’achat sur certains dossiers et secteurs se déclencheraient certainement. En cas de cassure des 4900 points, la prochaine zone théorique de soutien se situerait à 4750 points.

Autre indice qui plaide pour une tenue de la zone de cours actuelle (avec trous d’airs possibles dessous en amont des élections) ? Le CAC40 Growth Return ou GR (dividendes réinvestis) cette fois-ci. Même si ce dernier est moins utilisé, il nous a toujours apparu intéressant de croiser sa lecture avec celle de l’indice directeur.

Graphique hebdomadaire du CAC40 GR depuis 2015

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Graphique du CAC40 GR
Source : ProRealTime au 29/10/18

À la lecture graphique de l’indice ci-dessus, sur support, réactif, nous pouvons constater qu’il est opportun de considérer le CAC40 dans une zone de soutien de moyen terme et de ne pas s’attarder sur le seuil psychologique des 5000 points. Autrement dit, le jouet n’est pas (encore) cassé, un rebond ici pourrait potentiellement prendre forme, tout n’est pas perdu.

Nous prenons le risque d’écrire ces lignes alors que BCE et PIB américain sont attendus dans les séances à venir mais cela ne devrait pas changer notre vision des choses. Pour le moment, et jusqu’à nouvel ordre, nous ne détectons pas les caractéristiques techniques d’un marché baissier. Une correction appuyée certes, mais pas plus (pour le moment).

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Avertissement

© Photo Philippe Dureuil

Article achevé de rédiger le 29 octobre 2018.

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