Carrefour, à la croisée des chemins

Nicolas Chéron

Carrefour, à la croisée des chemins

4 OCTOBRE 2017
Par Nicolas Chéron,  Responsable de la Recherche Marchés pour Binck.fr

Seconde plus forte baisse du CAC40 cette année avec une chute de 27%, le numéro 2 mondial de la grande distribution n'a pas fière allure. A travers cette analyse nous allons évoquer les déboires du secteur de la grande distribution, les récents résultats du groupe, des lueurs d'espoir, le tout complété par une analyse graphique.

Un secteur sinistré

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L'histoire commence aux USA, pays qui illustre parfaitement la tendance de la grande distribution dans les pays développés, où ce secteur est sous pression. Notez ci-dessus la pente baissière des ventes au détail dans les grandes surfaces et grands magasins. Les consommateurs ne se déplacent plus à l'hypermarché et commandent de plus en plus sur internet, ce qui fragilise le secteur. Seuls deux choix s'offrent aux grands distributeurs : réaliser de la croissance externe en absorbant les plus petits pour bénéficier d'économies d'échelle, ou s'attaquer à internet.

Or, tenter de mettre un pas en ligne, c'est se confronter à un autre leader mondial, Amazon. Succinctement, il est à noter que la capitalisation boursière d'Amazon atteint désormais près de deux fois celle du géant Wal-Mart, la croissance de son chiffre d'affaires est à 2 chiffres et le consensus des analystes anticipe une hausse régulière du résultat d'exploitation et de la marge nette à échéance 2020. En somme, tout le contraire de la grande distribution "classique". C'est d'ailleurs cet aspect de rentabilité qui a fait défaut à Carrefour lors de sa publication récente. Intéressons-nous à ce point.

Clin d'œil à Alain Pitous de Talence Gestion et son expression "se faire Amazoner" dont le graphique se passe de commentaire. En vert, Amazon sur 10 ans, dessous, les grands distributeurs américains dont Wal-Mart.

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Source : Charlie Bilello, Director of Research chez Pension Partners, données bloomberg

Des perspectives détériorées

Les résultats publiés récemment par le groupe démontrent la crise qu'il traverse. Carrefour a réussi à faire grimper son chiffre d'affaires de 6,2% au premier semestre mais voit son résultat opérationnel courant reculer de 12% sur la période à 621 millions d'euros. A cela s'ajoute que le résultat net a été quasiment divisé par deux à 78 millions d'euros, contre 129 millions d'euros un an auparavant soit bien moins que ce que le consensus FactSet attendait (184 millions d'euros).

Parallèlement à cela, Carrefour a lancé un avertissement sur ses résultats annuels, ce que les marchés ont pour habitude de sanctionner et son PDG a déclaré qu'il avait un plan, sans pour autant le détailler, ce qui est souvent sanctionné par les marchés (manque de visibilité).

Enfin, parce que les opérateurs s'attendent à une restructuration complète qui pourrait durer des années et dont les effets positifs pourraient ne se matérialiser qu'à partir de 2019/2020, nombreux sont les cabinets d'analyse dont Bernstein et Kepler Cheuvreux qui ont revu à la baisse leur objectif de cours. Leurs analystes n'entrevoient pas d'amélioration à court terme voire même pire, certains envisagent même une poursuite de la détérioration des résultats dans les trimestres à venir, avant une sortie éventuelle du groupe par le haut.

C'est d'ailleurs cette future détérioration que l'on constate lorsque l'on étudie les révisions de bénéfice par action de Carrefour selon les données Thomson Reuters ci-dessous.

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Cette détérioration s'observe également du côté des parts de marché : Carrefour a perdu cette année sa place symbolique de n°1 de la grande distribution en France, ayant été dépassé par Leclerc (21,2% de part de marché pour Leclerc contre 20,2% pour Carrefour selon Kantar Worldpanel).

De la lumière au bout du tunnel ?

Le nouveau PDG, Alexandre Bompard, aura fort à faire. Toutefois, n'est-ce pas la fenêtre de tir parfaite que de profiter de la crise actuelle pour prendre des décisions drastiques ?

Le nouveau PDG négocie avec les syndicats et dévoilera son plan de redressement (source : le Monde). Une réussite en termes de communication pourrait rassurer les investisseurs et permettre au titre de se reprendre mais attention à ce que les chiffres ne se dégradent pas "trop" éclipsant ainsi d'éventuelles perspectives redorées.

Le bout du tunnel pourrait venir du digital : Marie Cheval a rejoint récemment Carrefour en tant que Directrice de l'activité digitale. Faut-il y voir la préparation d'une stratégie de rupture pour contrer Amazon et s'adapter aux nouvelles attentes des consommateurs ? Difficile à dire, d'autant plus qu'Amazon semble bel et bien disposer d'une longueur d'avance dans le domaine de la vente en ligne.

Pour finir, permettez-moi une approche "spéculative". La capitalisation boursière de Carrefour a fondu de 65% en 10 ans à 15,5 milliards d'euros, celle d'Amazon est désormais 25 fois plus importante à 464 milliards de dollars. D'ici 2019, le consensus Reuters s'attend à ce que Amazon se constitue une trésorerie positive de près de 44 milliards de dollars… je vous laisse imaginer la suite.

Analyse graphique

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D'un point de vue graphique l'action Carrefour est engagée dans une tendance baissière depuis la mi-2015, mise en valeur par l'oblique baissière bleue. Le seuil technique et psychologique des 20 euros qui tenait depuis 2014 a volé en éclats suite à la publication des derniers résultats, le tout dans des volumes très étoffés. Aussi, le titre a rapidement rallié un support clé testé à maintes reprises en 2012/2013 à 16,4 euros. Dans cette périodicité hebdomadaire, nous voilà donc à un tournant clé. Tant que le support des 16,4 euros tiendra, un rebond ne serait-ce que "technique" n'est pas inconcevable, mais il reste spéculatif puisqu'à contre tendance. A l'inverse, en cas de cassure des plus bas récents, une nouvelle accélération pourrait renvoyer les cours vers leurs plus bas de 2012, en direction des 10,8 euros.

En conclusion, techniquement, le potentiel de baisse apparaît élevé et le potentiel de hausse limité. Quant à ceux qui voudraient voir Carrefour montrer des signes tangibles de force, voire de retournement à long terme, seule une rupture à la hausse des 20 euros changerait la donne.

Avertissement

© Photo Philippe Dureuil

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