CAC40 : Une correction plus profonde est-elle à craindre ?

Nicolas Chéron

CAC40 : Une correction plus profonde est-elle à craindre ?

14 NOVEMBRE 2018
Par Nicolas Chéron,  Responsable de la Recherche Marchés pour Binck.fr

L'indice boursier Italien, le Footsie MIB, fait partie des indices les plus faibles d'Europe et chute en quasi ligne droite depuis 6 mois déjà. Parce qu'il perd plus de 20% depuis son plus haut annuel, cet indice est techniquement entré en marché baissier ou "bear market", tout comme 30% des indices de la planète en 2018. L’indice allemand, le DAX, est à la frontière d’un marché baissier (-16%) tandis que le CAC40 fait de la résistance (-10%). Dans certains pays la correction n’est plus à craindre, elle est actée. La question est de savoir si cette dernière va maintenant s’aggraver, se propager.

Outre atlantique, les indices américains auront-ils la force de terminer l’année positifs, et ainsi inscrire un nouveau record historique avec une série de 10 années consécutives dans le vert ? Les opérateurs commencent à en douter. Au mois d’octobre le Nasdaq100 a réalisé sa plus forte baisse mensuelle en cours de mois depuis 2008 (-14%) et nous lance certainement un avertissement. L’euphorie de l’année 2018 pourrait laisser place à un certain scepticisme quant à la capacité des indices américains à continuer leurs courses effrénées.

En 2019, les intervenants attendent une moindre croissance économique, une pression à la hausse sur les taux américains par la Fed, une baisse des buybacks (rachats d’actions par les entreprises) entre autres, les soutiens de demain seront surement moins nombreux. La psychologie semble changer, les valeurs technologiques jusqu’ici moteur de la hausse chutent une à une, la volatilité fait son grand retour, l’action de la banque américain Goldman Sachs a connu sa pire séance depuis 2011 ce lundi 12 novembre, nous arrivons peut-être à un tournant.

Une correction majeure nous semblait légitime depuis déjà plusieurs trimestres. Mais un point haut prend du temps, l’avènement d’une correction requiert une période de distribution sur les records avant que les cours ne plient sous le poids des vendeurs devenus trop nombreux. Et c’est là que le bât blesse, car pour la première fois depuis des années, les structures graphiques des indices américains laissent entendre le retour de velléités vendeuses. Si les baissiers arrivaient à reprendre la main sur ces marchés chèrement valorisés et fragilisés par les attaques, un accident serait vite arrivé.

En d’autres termes, cette analyse a pour but de faire réaliser que le potentiel baissier en cas de chute indicielle pourrait facilement excéder les 20% (au regard des moyennes historiques et des structures graphiques identifiées) mais qu’il demandera validation pour s’exprimer. D’autre part, l’étude de graphiques de long terme nous permettra de définir les points clés d’intervention/d’accélération ou de soutien pour les mois à venir.

Graphique mensuel du Footsie MIB (indice italien) Futures depuis 2007

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Graphique du Footsie MIB Futures
Source : Source : ProRealTime au 12/11/18

Commençons par un des précurseurs du mouvement correctif en cours, l’indice italien. Comme vous pouvez le constater, cet indice ne s’est jamais vraiment remis de la crise de 2008 et latéralise depuis 10 ans sans jamais réussir à dépasser 50% de retracement de sa baisse précédente. La tendance de très long terme n’est plus haussière sur cet indice et le fait qu’il échoue sous ses plus hauts de 2015 et accélère ensuite à la baisse nous laisse penser qu’un retour sur les 15000 voire les 13000 points n’aurait rien d’illégitime à termes. Indicateurs techniques, moyennes mobiles, chandeliers japonais, rien ne plaide pour un changement de rythme à la hausse, une stabilisation peut être au mieux.

Graphique hebdomadaire du DAX depuis janvier 2015

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Graphique du DAX
Source : ProRealTime au 12/11/18

A son tour, le DAX pâtit des craintes d’un ralentissement chinois couplé à une dégradation graduelle de la macroéconomie et des anticipations de croissance pour les trimestres à venir. Plus faible que son homologue français depuis le mois de mai (le CAC40 avait alors inscrit un nouveau record annuel sans que le DAX n’y arrive) l’indice allemand perd pied sous la ligne de cou d’une figure chartiste nommée Epaule Tête Epaule (ETE). L’objectif théorique de cette figure est le report de la hauteur entre la tête et la ligne de cou (support horizontal) au point de cassure, soit non loin du seuil psychologique des 10 000 points. Ce ne serait pas la première fois que le DAX perde 30% tout en restant haussier à long terme, il l’a déjà fait en 2015 comme vous pouvez le constater ci-dessus. Nous ne parlons ici donc pas d’un scénario à la 2008 mais d’une simple correction long terme. Attention néanmoins à cet indice. Un ultime retour sur la ligne de cou n’aurait rien d’inconcevable, sorte de validation du support devenu résistance autour des 12 000 points.

Graphique hebdomadaire du CAC40 GR depuis avril 2016

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Graphique du CAC40 GR
Source : ProRealTime au 12/11/18

Le CAC40 est le plus solide des indices européens et donc, en théorie, l’indice le moins intéressant à vendre à découvert, pour le moment. Nous avons choisi ici le CAC40 Growth Return ou GR (dividences réinvestis) qui, contrairement aux autres indices européens, n’a pas cassé son support de moyen terme, soutien depuis plus d’un an, autour des 12 800 points. Cet indice n’en demeure pas moins en danger, présentant les caractéristiques de deux figures chartistes baissières potentielles. La première serait une figure d’élargissement ascendante à angle droit (oblique rouge), la seconde une Epaule Tête Epaule. Les deux figures ont la même validation (cassure du support horizontal à 12 800 points) et le même objectif théorique autour de 10 800 points, soit une baisse de 20% par rapport aux cours actuels. Evidemment, il est impossible d’anticiper cette cassure et de savoir si cette dernière va se faire en ligne droite ou après une latéralisation de plusieurs mois. Il nous arrive même d’envisager une ultime rotation haussière sur cet indice avant rechute, ce qui n’invaliderait en rien les figures citées. Un rebond de 5 à 8% du CAC40 GR lui permettrait de retourner ses moyennes mobiles en résistance et de former l’hypothétique seconde épaule de son ETE par exemple.

Graphique mensuel du S&P500 depuis 2000

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Graphique du S&P500
Source : ProRealTime au 31/10/18

Passons maintenant à notre traditionnel cadrage de l’indice directeur américain, le S&P500, en données mensuelles depuis 2000. Ce graphique que nous utilisons dans nos émissions et analyses de long terme s’appuie sur un décompte Elliottiste (méthode en 5 vagues) et nous sommes peut-être enfin à l’aube d’un retournement, ou du moins la fin d’un mouvement haussier majeur qui dure depuis 9 ans. Afin que nous puissions considérer ce point 5 comme valide et point de départ d’un décompte baissier (vers le point IV et les 2000 points), il faudrait que les cours cassent leurs plus bas annuels. En effet, théorie de Dow oblige, la tendance est haussière tant que les cours réalisent des plus hauts et des plus bas de plus en plus hauts. Il nous faudra donc un plus bas pour que le camp des vendeurs prenne la main à long terme sur cet indice. En attendant, « business as usual », les marchés restent sources d’opportunités quotidiennes à la hausse comme à la baisse.

Graphique hebdomadaire du S&P500 depuis janvier 2016

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Graphique du S&P500
Source : ProRealTime au 12/11/18

Lorsque l’on zoome sur les trois dernières années, nous pouvons constater que le S&P500 est passé d’une tendance haussière, à fortement haussière, avant que des sommets n’apparaissent. L’optimisme a comme laissé place à une vague euphorique finale, avant qu’un retour de bâton ne prenne forme. Nous savons désormais que les vendeurs se trouvent sous le seuil psychologique des 3000 points, aux abords de la borne haute du canal haussier visible sur cette unité de temps. Mais attention, un arrêt de la hausse ne signifie pas nécessaire un retournement de tendance violent, chaque chose en son temps. Sur cet indice, seule la rupture des plus bas annuels serait significative. Elle impliquerait la validation de la fin de la vague 5 haussière de long terme, la sortie d’un canal haussier de moyen terme, et une forte hausse de la volatilité.

En conclusion, des fragilités apparaissent et les nuages s’amoncellent car les vendeurs s’expriment enfin. Il ne semble manquer qu’un catalyseur baissier pour que des pivots de long terme cèdent, engendrant un retour de l’aversion au risque. Cela va-t-il prendre forme dans les semaines à venir et ainsi gâcher les fêtes ou attendrons-nous 2019 ? Nous suivrons cela au quotidien ensemble, patience et longueur de temps.

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Avertissement

© Photo Philippe Dureuil

Article achevé de rédiger le 14 novembre 2018.

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