Banques centrales : quels seront les effets de la normalisation annoncée ?

Franck Pauly

Banques centrales : quels seront les effets de la normalisation annoncée ?

7 MARS 2018
Par Franck Pauly,  Journaliste indépendant - Fondateur de FAP Conseil

Si 2017 fut pour l'économie mondiale l'année de la reflation marquée par des gains sur pratiquement toutes les bourses, 2018 sera celle de la normalisation des politiques monétaires. Plus que jamais, l'attention des investisseurs sera largement focalisée sur la communication des banques centrales sur les modifications attendues de leurs politiques et la fin des programmes d'assouplissements quantitatifs (QE). Mais comment réagiront les bourses ? Quels seront les effets sur les différentes classes d'actifs de ces changements ?

Terra incognita…

Nous entrons en "terra incognita", car une telle situation ne s'est jamais présentée par le passé. Les banques centrales ont régulièrement modifié leur politique. Mais on n'avait jamais vu auparavant une aussi longue période de politiques accommodantes et d'une telle ampleur.

Concrètement, la Réserve Fédérale américaine a déjà commencé de relever ses taux d'intérêt. Et a clairement indiqué lors de son dernier Comité de politique monétaire de janvier (FOMC) qu'elle allait continuer de le faire. Probablement avec une nouvelle hausse des fonds fédéraux en mars, lors du prochain FOMC. Puis sans doute trois, - voire quatre -, autre fois cette année en fonction de ses anticipations d'inflation. La Fed a ainsi indiqué que "les risques de court terme pour ce qui est des perspectives économiques sont à-peu-près équilibrés et le FOMC surveille de près l'évolution des prix".

Reste que Jay Powell vient de s'installer aux commandes de la Fed et que le FOMC va connaître un gros remaniement. Ce qui ajoute un peu d'incertitude, même si tous ces nouveaux membres sont des banquiers centraux aguerris.

Des actions européennes toujours soutenues par la BCE

De l'autre côté de l'Atlantique, la Banque Centrale Européenne va progressivement sortir de son programme d'assouplissements quantitatifs (QE) : c'est ce que les observateurs ont compris du dernier compte-rendu du Conseil des gouverneurs de la BCE publié fin janvier. La BCE va piloter un arrêt progressif de son programme de rachats d'actifs entre septembre et décembre de cette année. Les hausses de taux viendront probablement plus tard, un relèvement du taux de facilité de dépôt étant anticipé au premier semestre 2019.

En Europe, le maintien de conditions accommodantes et d'injections massives d'argent sur les marchés, devrait donc encore soutenir les marchés actions au moins jusqu'à l'automne, voire la mi-2019, car le mouvement sera très progressif. Logiquement, les secteurs qui sont peu sensibles aux taux (les cycliques comme l'automobile ou les biens d'équipement et les banques qui profiteront de la remontée des taux) devraient surperformer, ceux ayant une plus forte sensibilité (utilities, immobilier, santé, télécom) sous-performer. Coté obligations, la fin du QE va mettre une pression haussière sur les rendements, qui ne devraient pas pour autant renouer avec les niveaux d'avant le QE car l'économie a beaucoup changé depuis. Cette hausse des rendements devrait être plus sensible dans les pays périphériques européens, plus endettés et ayant le plus bénéficié des achats d'actifs de la BCE. Attention, des à-coups peuvent se produire. Et par ricochet impacter les actions qui n'aiment pas vraiment la hausse des taux. Cela a été le cas le 30 janvier lorsque l'Euro Stoxx a perdu 1 %… à cause de tensions sur les rendements obligataires.

Davantage d'interrogations sur les marchés américains

La problématique est similaire aux Etats-Unis, avec des réserves liées à un cycle économique beaucoup plus avancé qu'en Europe - à ce titre les actions européennes vont continuer de bénéficier d'un avantage compétitif relatif - et une normalisation de la politique monétaire également bien plus avancée.

Si l'économie américaine se porte bien (dépenses des ménages et investissements des entreprises robustes, bonne dynamique de l'emploi) le mouvement pourrait s'essouffler et déclencher une correction sur les marchés d'actions. Alors que les rendements obligataires restent proches des plus bas historiques et devraient remonter dans les mois à venir. D'autant que la fin, même progressive, de la politique accommodante de la Fed va renchérir les conditions de crédit pour les ménages et les entreprises et soutenir le dollar, ce qui ne favorisera pas les exportations américaines. Et l'économie domestique en général.

Autre risque : une inflation sous-estimée, qui accélérerait plus vite que prévu est susceptible de provoquer une réaction plus agressive des banques centrales, ce qui perturberait les marchés. Cela a été le cas début février, lorsque des craintes sur l'inflation américaine - et donc un relèvement plus rapide que prévu des taux américains - a fait plonger Wall Street et les autres places dans son sillage.

Car comment sortir d'un QE ? Voilà la question clé. Le défi pour les deux grandes banques centrales sera une question de réglage des évolutions. Même si elles sont très progressives. Les communications des banques des deux côtés de l'Atlantique ont donc toutes les chances d'être passées au peigne fin… pour tenter d'anticiper l'évolution des marchés financiers.

Avertissement

Article achevé de rédiger le 20 février 2018.

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