Quelles sont les implications des taux négatifs ?

Article achevé de rédiger le 30 septembre 2019

Écrit par Franck Pauly | 5 minutes
MER. 06-11-2019

Certaines banques offrent maintenant à leurs clients des taux d'intérêt négatifs, ce qui veut dire que les clients sont payés pour emprunter et facturés pour épargner ... Et un certain nombre d’obligations d’Etats sont passées en rendement négatifs. Quelles sont les implications de ces taux d’intérêt négatifs un peu surprenants ?

« Les Danois ont été surpris, en août dernier, lorsqu'une banque leur a proposé un taux d'intérêt négatif sur des prêts hypothécaires. En effet, la banque paierait 0,5 % par an aux emprunteurs pour contracter un prêt. Nous sommes bien ici dans le monde curieux des taux d'intérêt négatifs, » écrit Tomas Hildebrandt, gérant senior en charge de la gestion institutionnelle d’actifs français chez Evli Fund Management, une société de gestion scandinave dans une étude publiée en septembre « Taux d'intérêt négatifs : avenir incertain ou nouvelle norme ?»

Alors pourquoi avons-nous aujourd’hui des taux négatifs ? En premier lieu pour des raisons d’équilibre entre l’offre et la demande : parce que l'épargne excédentaire mondiale est plus importante que le besoin en capital. Et les incertitudes économiques et commerciales dopent la demande sur les actifs réputés sûrs comme les obligations, ce qui contribue aussi à la baisse des taux. Enfin, les grandes banques centrales – BCE comme Fed – ont retrouvé des politiques monétaires accommodantes avec des baisses des taux directeurs à la clé, pour tenter de soutenir la croissance et rassurer les marchés.

Le taux de dépôt de la BCE, déjà négatif depuis 2014, a été abaissé de -0,40% à -0,50% afin de dissuader plus fortement les banques de laisser leur excès de trésorerie au guichet de la BCE, pour les encourager à les prêter aux ménages et aux entreprises. Et la Réserve fédérale américaine vient de réduire son principal taux d'intérêt directeur d'un quart de point à 1,75% contre 2%, sa deuxième baisse en moins de deux mois.

Des taux négatifs en Finlande, en Suède, en Allemagne ou en France

Dans un tel environnement, les taux d’intérêt sont devenus négatifs dans divers pays depuis quelques temps.
« Plusieurs pays européens, dont la Finlande, la Suède, l'Allemagne et la France, ont enregistré des rendements négatifs sur leurs obligations d'État à long terme. Le taux directeur de la Banque nationale suisse à -0,75% a conduit un certain nombre de banques suisses à appliquer des frais sur les dépôts de liquidités importants et ce n'est pas seulement le cas en Suisse. La plupart des banques finlandaises appliquent actuellement des frais aux clients institutionnels pour la détention de fonds excédentaires d'un montant supérieur à un million d'euros, » note Tomas Hildebrandt .
Et les analystes de CPR dans leur bulletin mensuel de septembre font le même constat : « dans le contexte actuel marqué par les incertitudes autour du Brexit, de la guerre commerciale, et du ralentissement économique, les investisseurs préfèrent payer les États pour émettre de la dette, que prendre du risque. En effet, 100% des courbes des emprunts d’État de l’Allemagne, Suisse, Danemark, Pays-Bas, Suède, Finlande sont maintenant en taux négatifs et celle de la France, Japon, Autriche, Belgique et Irlande y sont à 80%. Les taux continuent ainsi leur descente en territoire négatif. »

Quels sont les effets ?

Des taux d'intérêt négatifs peuvent avoir des effets positifs sur l'économie. C’est d’abord un facteur positif pour les débiteurs parce qu'ils permettent de renégocier leur dette ou de la refinancer à un taux inférieur. Cela encourage à plus de dépenses et d'investissements des sociétés et des ménages ce qui peut stimuler l'économie. Mais, les taux négatifs présentent aussi des inconvénients. Par exemple, s'ils durent longtemps, ils peuvent entraîner des dépenses inutiles ou des affectations en capital peu judicieuses.
Cela dit, les taux d'intérêt négatifs peuvent aussi soutenir les marchés actions : c’est en partie le pari que font les banques centrales en fournissant de l’argent pas cher aux marchés financiers depuis plusieurs années. « Si les sociétés doivent payer des frais pour détenir des liquidités, elles pourraient être plus disposées à remettre de l'argent aux investisseurs par le biais de rachats d'actions ou d'une augmentation des dividendes. Mais, sur le long terme, le rendement des actions est déterminé par les bénéfices des sociétés, ce qui n’est pas nécessairement lié aux taux d'intérêt, » souligne Tomas Hildebrandt.
Cela peut aussi avoir des effets pervers souligne CPR. « Les taux très bas, voire négatifs, ont poussé de nombreux investisseurs « obligataires » à investir sur les marchés actions (There Is No Alternative) pour y trouver du rendement sans rationalité du niveau de valorisation mais uniquement avec un focus sur la volatilité et les bénéfices à venir. Devant faire face à une régulation grandissante et sécuritaire, les investisseurs se sont rués vers les titres « défensifs », « de qualité » avec une « faible volatilité » et ont poussé la valorisation de ces titres sur des niveaux jamais atteints, » soulignent les analystes de CPR dans leur bulletin mensuel de septembre.

Auteur

Franck Pauly

Franck Pauly, journaliste financier indépendant, est aujourd'hui gérant à FAP Conseil. Anciennement rédacteur en chef des pages « Vos Finances » à la Tribune de 2004 a 2011, et rédacteur en chef adjoint des pages « Bourse » de 1999 à 2004, il a préalablement été chef de rubrique banques au sein d'Investir pendant 5 ans et chef de rubrique bourse patrimoine et coordinateur d'enquêtes nationales au sein de Capital. Il a débuté sa carrière en tant que correspondant financier en langue anglaise à l'agence Reuters (bourse, résultats, macro-économie) à Paris, puis comme correspondant à New York pour AFP-EXTEL News.

Il est également professeur de journalisme économique à l'Université Aix-Marseille et enseigne pour le Master Information et Journalisme Économiques à Sciences Po Rennes.

Il est diplomé de l'IEP de Paris, de l'Université de Nice et de New York University.


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