L'euphorie est de retour

Article achevé de rédiger le 28 février 2019

Écrit par Nicolas Chéron | 5 minutes
VEN. 01-03-2019

En réalisant une performance de 19.8% entre le 24 décembre et le 25 février, l’indice directeur américain, le S&P500, affiche sa plus forte performance en deux mois depuis 2009 et la sortie de crise des subprimes. Comme si les marchés essayaient de nous faire croire qu’un des cycles économiques et boursiers positifs les plus longs de l’histoire avait été suivi par le marché baissier le plus court jamais enregistré et que la dynamique de fond allait facilement reprendre ses droits, permettez-nous d’en douter. Explications.

A la fin de l’année 2018, les indices boursiers ont perdu pied mettant en danger leurs dynamiques de long terme, obligeant les officiels à sortir du bois. Tout a commencé par l’intervention de Steven Mnuchin, ancien cadre de Goldman Sachs, qui a contacté les banques américaines pendant les vacances de Noël pour savoir si ces dernières disposaient d’assez de liquidités. Ensuite, les banquiers centraux se sont succédés pour apporter leur soutien inconditionnel aux marchés. La banque populaire de Chine a ouvert le bal en délivrant des mesures de soutien historiques, suivie de propos rassurants de la BCE qui a enfin réalisé qu’elle ne pourrait monter ses taux avant fin 2020 au mieux, le tout couronné par un volteface du président de la Fed, Jerome Powell, qui est passé de très positif à prudent sur les perspectives de l’économie américaine en l’espace d’un mois, repoussant à plus tard une éventuelle hausse de taux et boostant ainsi la reprise des indices boursiers. Ajoutez à cela des rachats d’actions d’entreprises, les fameux « Buybacks », effectués à des rythmes effrénés en ce début d’année 2019, une volonté des investisseurs de participer au rebond, et vous comprenez pourquoi la hausse a été aussi violente.

Autre phénomène illustré par le graphique ci-dessous et qui n’a que peu été traité dans les médias récemment, les positions vendeuses détenues sur des actions du S&P500 sont revenues à leurs plus bas niveau depuis 2007. Plus personne ou presque ne vend à découvert ou ne se couvre, les vendeurs ont été épuisés par dix années de marché haussier, l'interventionnisme des banquiers centraux et les mesures de Trump en 2018, et chat échaudé semble craindre l’eau froide. Cette faible proportion de vendeurs explique également pourquoi la hausse est si rapide et sans aucune espèce de consolidation, car personne n’ose se mettre en face.

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Source : Factset, Goldman Sachs Global Investment Research, janvier 2019

Toujours est-il que des signaux d’alertes se sont allumés sur nos écrans au regard des statistiques historiques. Ci-dessous, le nombre de séance consécutive du S&P500 sans toucher sa moyenne mobile à 10 séances. Entendez par là que les cours montent sans retour à la moyenne, sans répit, ce qui n’est pas forcément la caractéristique d’un mouvement haussier construit de moyen terme.

En date du 27 février 2018, le SP500 avait passé 36 séances sans retour à sa moyenne. C’est sa seconde plus longue série de séances sans toucher sa moyenne mobile à 10 jours depuis 1973, rien que cela. Nous pouvons donc qualifier la hausse actuelle d’euphorique. Or vous connaissez l’adage, les marchés haussiers naissent dans le pessimisme et meurent dans l’euphorie, cette phase étant souvent la dernière. Preuve en est les violentes baisses que les indices américains ont connu après leurs envolées de janvier et septembre dernier. Prudence est donc de mise.  

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Source : Ryan Detrick, LPL Financial, 26 février 2019

Autre moyen de mesurer le caractère extrêmement survendu ou suracheté du marché action, l’étude du nombre de titre d’un indice évoluant au-dessus de leur moyenne mobile à 3 mois par exemple. Ci-dessous, vous pouvez constater que seulement 1.2% des actions du S&P500 (soit 6 titres seulement) évoluaient au-dessus de leur moyenne mobile à 50 séances en date du 24 décembre dernier. Les actions n’avaient pas été aussi survendues depuis 2011, ce qui explique aussi la force du contrepied haussier qui a suivi.

Le fait est que nous venons en quelques semaines de passer d’une situation de survente historique à une situation de surachat historique. Plus de 92% des actions du S&P500 évoluent désormais au-dessus de leur moyenne mobile à 50 séances, non loin du record de 94.2% du début 2016 ou des situations de surachat de 2013. Nous voilà de nouveau dans des conditions « exceptionnelles », des turbulences pourraient prendre forme à tout moment.

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Source : Stockcharts, par Charlie Bilello, 15 février 2019

En conclusion, comme depuis un an d’ailleurs, nous vous alertons sur le caractère particulier et erratique des marchés. L’indécision et la violence des mouvements de ces derniers trimestres est peut-être la matérialisation de la fin du cycle économique de la dernière décennie. Certains y croient, d’autres la redoutent et les banquiers centraux essaient de l’empêcher, ce qui engendre des accès de volatilité dans tous les sens.


Pour finir, vous pouvez retrouver mes analyses de 2018 au sujet de l’euphorie ici :

https://www.binck.fr/actualites/analyses-archives/euphorie-et-dichotomie-boursiere

https://www.binck.fr/actualites/analyses-archives/kering-l-euphorie-ne-dure-qu-un-temps

Auteur

Nicolas Chéron

Nicolas Chéron est diplômé d'un Bachelor of Business Administration (BBA) en Marketing & Management International obtenu à l’EDHEC Business School. Il a commencé sa carrière en 2008 en rejoignant ZoneBourse en tant que Co-responsable de l'équipe recherche. En 2010, Nicolas Chéron intègre l'équipe de FXCM, où il occupe le poste de Stratégiste de marché avant de devenir Responsable du département recherche DailyFX. En avril 2015, il poursuit son travail chez CMC Markets France où il est en charge de l’analyse sur toutes les classes d’actifs.

Nicolas Chéron est également l’un des membres fondateurs des Econoclastes, un Think Thank au sein duquel il souhaite favoriser la vulgarisation et la démocratisation de différents concepts économiques et boursiers.

Depuis Septembre 2017, Nicolas Chéron est Responsable de la Recherche Marchés pour Binck.fr. Il a pour missions le développement d’émissions vidéo en direct sur l’actualité économique et boursière ainsi que la rédaction de points de marchés réguliers publiés sur le site Binck.fr.

© Photo Philippe Dureuil

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