A situations extrêmes, indicateurs particuliers

Article achevé de rédiger le 30 mars 2020

Écrit par Nicolas Chéron | 5 minutes
JEU. 09-04-2020

Les semaines que nous venons de vivre furent historiques, autant d’un point de vue social, politique, qu’économique et évidemment boursier. Les indices, les actions, le VIX, le RSI (indicateur de surachat/survente), tous ont battu de nouveaux records. Record historique de baisse pour le CAC40 avec une séance à -12%, record de peur sur le Volatility Index sur des niveaux de 2008, record de volumes sur la bourse parisienne en une seule séance avec plus de 10 milliards d’euros échangés, et enfin record de survente pour le RSI en journalier…
De fait, il ne fut absolument pas évident de naviguer dans ces eaux troubles, à cause du caractère particulier de la situation, une pandémie grippant l’économie mondiale, phénomène d’une rare violence. Il ne sera certainement pas facile d’investir dans les mois à venir, par manque de visibilité sur la macroéconomie, les résultats des sociétés et l’épidémie de Covid-19, mais la forte volatilité des marchés devrait tout de même être source d’opportunités pour l’investisseur prudent, qui agit avec doigté et stops de protection.

Dans cette note nous aimerions vous présenter deux indicateurs qui se sont révélés un tant soit peu pertinents afin de révéler le caractère particulièrement extrême de situations récentes.


L’indicateur « Peur et avidité » de CNN Money


Le « Fear and Greed index » est un indicateur concocté à partir de 7 indicateurs dont la volatilité, le ratio put/call (marché option), ou encore le marché obligataire. L’objectif ici est d’apporter de l’importance aux cas rares uniquement, quand l’indicateur dépasse 90/95 points à la hausse mettant en exergue une situation d’euphorie totale, ou proche de 0 lorsque la panique se transforme en capitulation.
Le 2 janvier alors que le CAC40 flirtait avec les 6050 points, cet indicateur a inscrit un point haut à 97 points, une première depuis plus d’un an, nous indiquant une complaisance extrême. Il ne s’agit pas d’un indicateur magique, qui permet d’entrer au point bas et de sortir au point haut, mais il permet d’allumer une petite lumière rouge dans la tête de l’investisseur, l’invitant à la prudence, ne pas devenir euphorique, savoir prendre des gains après un rallye haussier de 35% sur l’indice CAC40 en 12 mois etc…


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« En bourse, les excès engendrent des excès », comme nous aimons le rappeler dans nos émissions. Le 12 mars dernier, phénomène inverse : après une chute de près de 40% sur l’indice CAC40, une séance à -12% et un sentiment de panique qui se faisait sentir, l’indicateur « peur et avidité » a inscrit un nouveau plus bas historique, à 1 points. Encore une fois, cela n’a pas marqué exactement le point bas des marchés américains, mais tout de même celui du CAC40 à une séance près. Cela permettait de se poser la question sur les supports long terme alors que les médias parlent de fin du monde ou encore « Ne serait-ce pas le temps de couper ma couverture (BX4 par exemple), maintenant que nous avons perdu 35% sur le CAC40 en 6 semaines et que les ventes à découvert ont été interdites pour un temps ? ».


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Pourcentage de titres du SP500 au-dessus/dessous de leur MM200 jour


Afin de « cadrer » l’orientation des indices boursiers à long terme, les analystes techniques accordent de l’importance à la moyenne mobile à 200 jours ou MM200. Si les prix d’un actif évoluent au-dessus d’une MM200 alors que cette dernière est haussière, la tendance de long terme est positive et l’investisseur aura tendance à chercher des achats. Si les prix d’un actif évoluent sous une moyenne mobile 200 jour baissière, il faudra s’en méfier.


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Source : Stockcharts.com au 16 mars 2020

Afin de mesurer cette fois l’orientation de l’ensemble d’un marché, il peut être pertinent d’étudier le pourcentage d’actions au sein de l’indice directeur SP500 qui évoluent sous leur moyenne mobile à 200 jours. En effet, lorsque les marchés opèrent une correction dite « normale » autour de -15% comme en 2015 ou fin 2018, et que moins de 25% des actions évoluent sous leur MM200, un creux prend forme dans les séances/semaines qui suivent.
Dans le cas présent, historique, nous avons atteint un plus bas datant de 2008/2009, puisque seules 4% des actions du SP500 évoluaient encore au-dessus de leur MM200. Cela nous permettait alors de mesurer, comparer, comprendre, que nous étions dans une situation de survente majeure, inconnue depuis 12 ans, potentiellement source d’opportunités ne serait-ce que pour mettre à profit un rebond « technique » d’ampleur. Encore une fois il ne s’agit pas d’un indicateur parfait, mais d’un indice de plus permettant d’abreuver votre réflexion à un instant T.

Pour finir, nous souhaitons insister sur le caractère particulier, complexe, du mouvement en cours et nous invitons une nouvelle fois à la prudence et la patience. Il ne faut pas avoir de biais fort, savoir changer son fusil d’épaule, et parfois accepter des pertes plutôt que de se faire violemment rappeler à l’ordre par le marché. Aussi, n’hésitez pas à suivre nos émissions de décryptage Binck Hebdo, tous les mardis à 11H ici, nous étudierons actualités, signaux techniques et publications macroéconomiques ensemble.

Pour des informations au quotidien vous pouvez également suivre les comptes Twitter @BinckFR et @NCheron_bourse.

Auteur

Nicolas Chéron

Nicolas Chéron est diplômé d'un Bachelor of Business Administration (BBA) en Marketing & Management International obtenu à l’EDHEC Business School. Il a commencé sa carrière en 2008 en rejoignant ZoneBourse en tant que Co-responsable de l'équipe recherche. En 2010, Nicolas Chéron intègre l'équipe de FXCM, où il occupe le poste de Stratégiste de marché avant de devenir Responsable du département recherche DailyFX. En avril 2015, il poursuit son travail chez CMC Markets France où il est en charge de l’analyse sur toutes les classes d’actifs.

Nicolas Chéron est également l’un des membres fondateurs des Econoclastes, un Think Tank au sein duquel il souhaite favoriser la vulgarisation et la démocratisation de différents concepts économiques et boursiers.

Depuis Septembre 2017, Nicolas Chéron est Responsable de la Recherche Marchés pour Binck.fr. Il a pour missions le développement d’émissions vidéo en direct sur l’actualité économique et boursière ainsi que la rédaction de points de marchés réguliers publiés sur le site Binck.fr.

© Photo Philippe Dureuil

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