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To hedge or not to hedge

Article achevé de rédiger le 14 mars 2019

Écrit par Nicolas Chéron | 5 minutes
JEU. 14-03-2019

A la fin de l’année 2018, nombreux étaient les particuliers, mais aussi les professionnels, « scotchés » en perte sur le marché action. Ces derniers n’avaient pas su alléger par principe à proximité des 5500 points, ou utiliser des stops de protection pour couper leurs titres en cas de rechute, ou encore couvrir leur portefeuille après un beau rallye haussier, le CAC40 ayant gagné 600 points soit 12% en ligne droite entre mars et mai 2018. Au mois de décembre, quel investisseur n’aurait pas rêvé à un retour de l’indice français à 5350 points ? Personne.

De fait, et parce que le CAC40 a retrouvé les 5350 points après un rallye haussier historique soutenu par l’interventionnisme exacerbé des banquiers centraux et des rachats d’actions (buybacks) historiques, il nous est apparu essentiel de rappeler aux investisseurs particuliers, dont la plupart sont structurellement acheteurs sur le marché action, de, cette fois-ci, faire preuve de prudence après un tel mouvement acheteur. Être prudent, ou tout simplement factuel et professionnel dans ses décisions d’investissement, revient à respecter des règles élémentaires strictes comme :

  • savoir prendre des bénéfices lorsque des objectifs sont atteints,
  • remonter ses stops de protection pour annihiler le risque de perte lorsque la position devient gagnante
  • ou encore alléger son portefeuille et ainsi créer une poche de cash lorsque la hausse des indices commence à donner le tournis.



Il est pour le moment impossible de savoir si le CAC40 va s’arrêter à 5350 ou oser remonter vers les 5500, en cas notamment d’accord entre la Chine et les USA, mais cela n’empêche pas de prendre la hausse avec des pincettes, de ne pas se laisser bercer par l’euphorie ambiante.

D’ailleurs, euphorie est peut-être un mot trop fort pour caractériser les dernières séances, car les cours montent progressivement, sans accélération, ce qui est plutôt la caractéristique d’un mouvement complaisant que d’une euphorie significative de la fin d’un mouvement haussier (comme en janvier et septembre dernier sur le SP500 par exemple). Mais toujours est-il qu’un trader averti en vaut deux, raison pour laquelle, tout comme en 2018, nous vous alertons en amont. Il est facile de dire à posteriori que nous étions dubitatifs sur la hausse en cours, il est plus complexe, mais à notre sens nécessaire, d’alerter sur les risques de rechute en pleine montée.

Encore une fois, ce n’est pas tant le risque d’un krach boursier que nous souhaitons ici mettre en avant, mais plutôt l’importance d’avoir des règles de prudence lorsque les marchés deviennent excessifs, ou encore lorsque ces derniers changent d’état d’esprit. Il faut en effet être à même de constater un changement de psychologie des opérateurs, soit en ayant de nombreux flux d’informations, soit en utilisant un indicateur mesurant la peur, comme par exemple ici le VIX pour Volatility Index, ou indice de la peur.

Le VIX est un indicateur de la volatilité des marchés américains établi par le Chicago Board Options Exchange (CBOE). Il permet de mesurer le niveau de stress des investisseurs contenu dans le prix des options. Lorsque le VIX se tend à la hausse, les marchés ont tendance à corriger à la baisse et inversement.

Deux zones de prix nous semblent intéressantes à surveiller sur le VIX. La première se situe entre 10 et 15 points (en vert), correspondant à une volatilité faible des indices, peu de stress des opérateurs, c’est ce qu’on appelle zone de complaisance. Lorsque le VIX évolue entre ces bornes, les acheteurs ont tendance à avoir la main. L’investisseur prudent escomptera alors une baisse du VIX sur ses plus bas, à proximité des 10/11 points, pour éventuellement alléger ou couvrir son portefeuille. Ainsi, si la volatilité se reprend par la suite, la baisse des actions que l’investisseur détient en portefeuille sera tout ou partie palliée par la hausse des produits énumérés ci-dessus.

Se couvrir peut se faire de différentes manières, dépendamment de votre profil, en vendant un indice via les marchés futurs, en prenant position sur un tracker indiciel baissier ou encore en achetant du VIX via un ETF (si vous cherchez un produit permettant de le faire n’hésitez pas à contacter notre service client).

Indice VIX en données journalières depuis avril 2018

VIX
Source : Tradingview.com au 13 mars 2019

La seconde zone qui nous intéresse ressort entre 17 et 18 points (en rouge). Elle a fait respectivement résistance puis support à maintes reprises depuis un an. Elle correspond entre autres au dernier point haut du VIX, soit le dernier pic de stress des opérateurs en date du 8 mars dernier, et permet donc de tracer une ligne dans le sable, au-dessus de laquelle le stress serait vraisemblablement de retour. Les traders de court terme qui souhaitent passer à la vente sur les indices attendront pour certains la cassure de niveau de prix et donc le retour de la « peur » pour s’engager. D’autres investisseurs sur actions, en cas de cassure des 18 points, décideront soit d’alléger leur portefeuille par principe, soit de le couvrir voire même de passer à la vente, tout est ici une question de profil, et nous vous le confirmons si vous vous posez la question, tous les investisseurs en ont un différent.

En conclusion, prudence est mère de sureté, la période actuelle est propice aux actions, aux achats, aux signaux positifs, jusqu’à nouvel ordre. Simplement, n’attendez pas que la hausse s’arrête ou que la baisse commence pour équilibrer, nettoyer, optimiser votre portefeuille, ce travail doit être continuel.

Auteur

Nicolas Chéron

Nicolas Chéron est diplômé d'un Bachelor of Business Administration (BBA) en Marketing & Management International obtenu à l’EDHEC Business School. Il a commencé sa carrière en 2008 en rejoignant ZoneBourse en tant que Co-responsable de l'équipe recherche. En 2010, Nicolas Chéron intègre l'équipe de FXCM, où il occupe le poste de Stratégiste de marché avant de devenir Responsable du département recherche DailyFX. En avril 2015, il poursuit son travail chez CMC Markets France où il est en charge de l’analyse sur toutes les classes d’actifs.

Nicolas Chéron est également l’un des membres fondateurs des Econoclastes, un Think Tank au sein duquel il souhaite favoriser la vulgarisation et la démocratisation de différents concepts économiques et boursiers.

Depuis Septembre 2017, Nicolas Chéron est Responsable de la Recherche Marchés pour Binck.fr. Il a pour missions le développement d’émissions vidéo en direct sur l’actualité économique et boursière ainsi que la rédaction de points de marchés réguliers publiés sur le site Binck.fr.

© Photo Philippe Dureuil