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Rentrée dans l'ordre

Article achevé de rédiger le 22 août 2019

Écrit par Nicolas Chéron | 10 minutes
JEU. 22-08-2019

Tout comme en 2018 entre les mois d’avril et septembre, le CAC40 évolue dans un canal horizontal, sans tendance, balloté par les tweets du président Donald Trump au sujet d’un éventuel deal avec la Chine. La correction estivale que nous redoutions a pris forme, l’indice français a corrigé de 9% avant de se reprendre, soutenus par des facteurs que nous allons détailler. Les opérateurs sont peu à peu de retour de vacances, les volumes augmentent, et nous avons constaté des achats à bon compte sur de nombreuses petites et moyennes capitalisations ce qui redonne un peu de baume au cœur aux investisseurs particuliers en quête d’opportunités.

Graphique journalier du CAC40 depuis mars 2019

PXI Journalier
Source : ProRealTime, 21 Août 2019

Parallèlement, économistes, gérants de fonds et médias s’accordent désormais sur la forte probabilité d’une récession dans les trimestres à venir, en Europe dans un premier temps, voire aux Etats-Unis par la suite. Interrogés dans un sondage par la National Association for Business Economists (NABE), 3 sur 4 des 226 économistes ont déclaré s’attendre à une récession dans les années à venir aux USA, 38% d’entre eux dès 2020. Donald Trump et les membres de la Fed auront beau marteler que les Etats-Unis ne se dirigent pas vers une récession forte ou proche, ils se dirigent tout de même vers une fin de cycle, inexorablement.

Cette prise de conscience collective a affecté les rendements obligataires et les métaux précieux. L’or a confirmé son mouvement de reprise de long terme en atteignant les 1500 dollars, tandis que le stock de dette à taux négatif a dépassé son plus haut historique. La corrélation entre les deux est bluffante. En effet, parce que les obligations à taux négatifs coûtent de l’argent à leur détenteur, ces derniers se diversifient en or, quitte à ne pas avoir de rendement, et afin de diversifier leurs avoirs. Plus les banques centrales baisseront leurs taux et les marchés anticiperont une récession, plus les métaux précieux pourraient être soutenus par un mécanisme de vases communicants.

Graphique du Taux à 30 ans aux USA qui inscrit de nouveaux plus bas de 40 ans

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Source : Steen Jakobsen, Saxo Bank, Août 2019

Mais ce qui a le plus retenu notre attention sur la semaine écoulée (mercredi 14 au mercredi 21 août), ce sont les moyens mis en œuvre par officiels et banquiers centraux afin d’enrayer le ralentissement à venir et de maintenir les marchés à flot :
- La FED va de nouveau baisser ses taux
- La Chine parle d’« Helicopter money »
- La Banque du Japon continue d’acheter ETF et actions
- La BCE évoque des mesures non conventionnelles
- La BOE parle de taux négatifs pour la première fois

Et pour couronner le tout, le président Trump a fait savoir qu’il avait appelé les présidents de trois grandes banques américaines, mercredi dernier, pour s’assurer qu’elles avaient accès à suffisamment de liquidités. Ce message envoyé par la maison blanche fait écho avec le coup de fil qu’avait eu Steve Mnuchin, secrétaire américain au Trésor, le 24 décembre 2018 dernier en pleine débâcle, avec les présidents des institutions bancaires du pays.
En bref, l’artillerie lourde est de sortie, les spécialistes de la BCE parlent de Bazooka monétaire et les opérateurs attendent désormais leur récompense, plus de liquidités. Ci-dessous, les prévisions de grandes banques sur le programme de Quantitative Easing (QE) que la Banque centrale européenne devrait lancer d’ici la fin de l’année. La question n’est plus quoi, comment ou quand mais qui. Qui de Mario Draghi président sortant ou de Christine Lagarde, va lancer le prochain round d’impression de monnaie. Les prévisions vont de 100 à 300 milliards d’euros d’achats d’obligations, étalés de 6 à 15 mois.

QE europe

Nous allions oublier un détail. En fin de semaine passée, les officiels allemands ont évoqué un plan de relance de 50 milliards, soit 1.5% de son PIB, quitte à ne pas respecter l’équilibre budgétaire du pays. Tous les moyens sont bons.

En conclusion, plus la macroéconomie se dégrade, plus les banques centrales se veulent omniprésentes…et force est de constater que la formule fonctionne pour le moment. Le sentiment des opérateurs est binaire et tant que les opérateurs penseront que les banquiers centraux peuvent endiguer crises, krachs et récessions, les marchés tiendront et seront le terrain d’opportunités à l’achat sur repli. Il sera intéressant dans les semaines à venir de suivre d’une part les décisions des grands argentiers (Fed et BCE), et d’autre part les statistiques macroéconomiques (PMI et inflation en Europe, Ventes au détail, NFP et confiance des consommateurs aux USA). Nous ne manquerons pas de les commenter dans nos prochaines émissions ainsi que sur twitter au quotidien.

Auteur

Nicolas Chéron

Nicolas Chéron est diplômé d'un Bachelor of Business Administration (BBA) en Marketing & Management International obtenu à l’EDHEC Business School. Il a commencé sa carrière en 2008 en rejoignant ZoneBourse en tant que Co-responsable de l'équipe recherche. En 2010, Nicolas Chéron intègre l'équipe de FXCM, où il occupe le poste de Stratégiste de marché avant de devenir Responsable du département recherche DailyFX. En avril 2015, il poursuit son travail chez CMC Markets France où il est en charge de l’analyse sur toutes les classes d’actifs.

Nicolas Chéron est également l’un des membres fondateurs des Econoclastes, un Think Tank au sein duquel il souhaite favoriser la vulgarisation et la démocratisation de différents concepts économiques et boursiers.

Depuis Septembre 2017, Nicolas Chéron est Responsable de la Recherche Marchés pour Binck.fr. Il a pour missions le développement d’émissions vidéo en direct sur l’actualité économique et boursière ainsi que la rédaction de points de marchés réguliers publiés sur le site Binck.fr.

© Photo Philippe Dureuil