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Quelles marges de manœuvre conservent les deux grandes banques centrales, la Fed et la BCE ?

Article achevé de rédiger le 5 novembre 2019

Écrit par Franck Pauly | 4 minutes
JEU. 05-12-2019
Les deux grandes banques centrales de part et d’autre de l’Atlantique, la Banque Centrale Européenne (BCE) et la Réserve Fédérale américaine (Fed) ont récemment baissé leurs taux directeurs. Les politiques monétaires restent donc accommodantes des deux côtés de l’Atlantique pour soutenir des économies et des marchés financiers qui ont encore besoin de ce carburant. Mais alors que la BCE pourrait continuer de baisser ses taux, la Fed a laissé entendre qu’elle ne continuerait pas à réduire les siens. Dès lors, on peut se demander quelles sont les marges de manœuvre restantes pour ces deux grandes banques centrales ? Que vont-elles faire dans les mois à venir ? De quelles minutions peuvent-elles encore disposer pour soutenir leurs économies et les marchés financiers américains et européens ?

La Fed a baissé ses taux … mais va marquer une pause

La banque centrale américaine a baissé son principal taux directeur de 25 points de base pour la troisième fois cette année, mercredi 30 novembre : elle l’a ramené dans une fourchette de 1,5 à 1,75%. Mais elle a aussi clairement indiqué qu'elle n'assouplirait pas une nouvelle fois sa politique en l'absence d'une dégradation marquée de la conjoncture. Alors que la plupart des investisseurs tablaient encore il y a peu sur une autre baisse en décembre…
Car les points de vue ne sont pas unanimes au sein du comité de politique monétaire de la Réserve Fédérale (pas plus qu’au sein de la BCE) qui a décidé par huit voix contre deux d’abaisser le taux des Fed funds. Certains membres pensent en effet que l’économie américaine est en assez bonne santé, ce qui ne justifierait donc pas une baisse des taux. Car l’économie américaine continue de croitre à un rythme certes 'modéré', mais le marché de l'emploi et les dépenses des ménages restent solides. Le président de la Fed, Jerome Powell, a donc tranché : il a mis en avant les risques de l’économie mondiale et la faiblesse de l’inflation pour justifier cette baisse. « Docteur Powell vient d’administrer un remède de cheval à un patient économiquement sain qui ne lui en demandait pas tant. (…) Le message est clair : mieux vaut prévenir que guérir, » écrivaient récemment les analystes de Fidelity dans leur note hebdomadaire.

La BCE a aussi baissé ses taux…

La BCE, de son côté, avait aussi décidé le 12 septembre de baisser ses taux pour soutenir l'activité économique en berne dans la zone euro. Pour sa dernière décision avant de quitter son poste, Mario Draghi a annoncé un ambitieux plan de relance, mais a surtout appelé l’Allemagne à desserrer son budget. « Super Mario » a tenu ses promesses : la BCE a relancé, à compter du 1er novembre et pour une durée indéterminée, son programme de rachats d'obligations à raison de 20 milliards d'euros par mois, financé par de la création de monnaie. Une arme anti-crise, un "Quantitative Easing", qui a déjà été utilisée entre mars 2015 et fin 2018. Et, comme attendu, le taux de dépôt, déjà négatif depuis 2014, a été abaissé de -0,40% à -0,50%.

… mais ne dispose plus de beaucoup de munitions

Le problème ? « A quelques semaines de la fin de son mandat, le président de la BCE a déployé la quasi-totalité des instruments encore disponibles dans sa boîte à outils, » commentait César Pérez Ruiz, responsable des Investissements et CIO chez Pictet Wealth Management juste après la décision. Fidelity lui emboitait le pas et soulevait une question centrale : « Alors que des doutes subsistent sur la marge de manœuvre de la BCE, était-il nécessaire de mettre tous les instruments dont elle dispose sur la table ? ».

Et c’est Christine Lagarde, nommée le 18 octobre 2019 par le Conseil européen, qui aura pour tâche d’appliquer la politique de la BCE. « Christine Lagarde a pris ses fonctions à la tête de la BCE pour un mandat de huit ans au cours duquel sa principale mission sera de réussir là où son prédécesseur a échoué : rétablir les conditions d’une croissance plus solide nécessaire pour mettre à l’écart le spectre d’une japonisation et assurer la survie à terme de l’union monétaire », écrivait récemment Véronique Riches Flores, une économiste indépendantiste, dans un post sur Linkedin.

Si la Fed se donne du temps et va très probablement marquer au moins une pause - si ce n’est arrêter de baisser ses taux car la politique monétaire "est au bon niveau", selon Jérôme Powell -, la BCE pourrait continuer de réduire ses taux. Mais Christine Lagarde l’a déjà indiqué, s’inscrivant clairement dans les pas de Mario Draghi : les politiques budgétaires des pays en position de le faire (Allemagne et Pays Bas) devraient prendre le relais de la politique monétaire de la BCE, notamment avec des programmes d’investissements dans les infrastructures en Europe, qui en ont besoin. Mme Lagarde a estimé que les pays de la zone euro en excédent budgétaire n'avaient « pas vraiment fait les efforts nécessaires » pour soutenir la croissance. Une politique budgétaire intégrée européenne sera aussi encouragée par Mme Lagarde.

Auteur

Franck Pauly

Franck Pauly, journaliste financier indépendant, est aujourd'hui gérant à FAP Conseil. Anciennement rédacteur en chef des pages « Vos Finances » à la Tribune de 2004 a 2011, et rédacteur en chef adjoint des pages « Bourse » de 1999 à 2004, il a préalablement été chef de rubrique banques au sein d'Investir pendant 5 ans et chef de rubrique bourse patrimoine et coordinateur d'enquêtes nationales au sein de Capital. Il a débuté sa carrière en tant que correspondant financier en langue anglaise à l'agence Reuters (bourse, résultats, macro-économie) à Paris, puis comme correspondant à New York pour AFP-EXTEL News.

Il est également professeur de journalisme économique à l'Université Aix-Marseille et enseigne pour le Master Information et Journalisme Économiques à Sciences Po Rennes.

Il est diplomé de l'IEP de Paris, de l'Université de Nice et de New York University.