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Puisque l'on vous dit que tout va bien

Article achevé de rédiger le 1er août 2019

Écrit par Nicolas Chéron | 7 minutes
JEU. 01-08-2019

En ce 31 juillet 2019, pour la première fois depuis 11 ans, la Réserve fédérale américaine a baissé son taux directeur d’un quart de point. La FED a décidé de prendre en compte les faiblesses de l’économie mondiale et les tensions commerciales, de répondre aux attentes des opérateurs ainsi qu’aux incessantes demandes de Donald Trump. 

Toutefois, Jerome Powell a douché les espoirs de nouvelles actions à court terme évoquant « un ajustement de milieu de cycle ». La FED ne souhaite pas acter de la fin du cycle, évidemment, tout va bien. Il n’en fallait pas plus à Wall Street pour que le SP500 repasse sous le seuil psychologique des 3000 points, les marchés avides de liquidités retraçant légitimement après l’inscription de records historiques la semaine passée. Enfin, la banque centrale a annoncé qu’elle « agira de manière appropriée pour soutenir la longue expansion économique » (la plus longue des Etats-Unis depuis la seconde guerre mondiale avec 121 mois d’expansion). Sa mission ne semble plus de contrôler l’inflation mais également d’administrer les marchés et l’économie américaine.

Selon notre analyse, la banque centrale américaine est bel et bien rentrée dans un cycle de baisse de taux. Les Fed funds indiquent une probabilité de baisse de taux de 76% pour septembre, et si ce n’est pas en septembre la prochaine sera très certainement en fin de l’année. La FED est pressurisée par les marchés et le président Trump, mais elle pourrait également l’être par un accident de marché, comme au quatrième trimestre 2018, ou un ralentissement de la macroéconomie.

Ni la FED, ni certains médias et opérateurs ne veulent l’entendre, mais il se pourrait bien que le cycle économique et boursier que nous connaissons depuis 10 ans soit sur le point de s’enrayer. Nous ne ferons peut-être pas face à une grave récession, mais nombreux indicateurs pointent le risque d’un net ralentissement mondial et de récessions dans certains secteurs et pays en 2020. Comme nous l’avons décrit dans nos analyses depuis 18 mois, le MSCI world (l’indice de la capitalisation boursière mondiale) a fait un excès/top en janvier 2018 qu’il n’a jamais revu. Ensuite les marchés européens les plus faibles ont entamé une dynamique baissière (Dax, Ibex, Psi), nous avons assisté à un top des PMI européens au second trimestre 2018, à une dégradation du commerce mondial fin 2018 et enfin à une dégradation de certains pans de l’économie américaine en ce début d’année 2019, sur laquelle nous reviendrons notamment. La fin du cycle se met progressivement en place, depuis plus d’un an, et l’interventionnisme exacerbé des pompiers monétaires ne fait que renforcer ce scénario.

Voici quelques graphiques pour agrémenter notre vue macroéconomique :

Capitalisation boursière américaine rapportée au PIB

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Source : FED, juillet 2019

La capitalisation boursière US représente 144% du PIB américain, un nouveau record de valorisation dépassant celui de 2008. Alors que la plupart des indices de la planète ont inscrit des records en 2018 qu’ils n’ont pas revu depuis, les indices américains, profitant de logiques de flux et de résultats historiques, en inscrivaient encore la semaine passée.


PMI manufacturiers (Europe, USA, Monde, Chine)

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Source : Refinitiv Datastream/Stock Board Asset, 2019

Que l’on le veuille ou non, toutes les zones voient leur PMI manufacturier plonger depuis près d’un an, même les Etats-Unis. Ce processus prend du temps, peu l’avaient anticipé.


PMI manufacturiers américains

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Source : Macrobond and Nordea

Lorsque nous étudions le PMI MNI de Chicago, ce dernier pointe déjà sous 50 points, en contraction de l’activité. L’ISM Manufacturier US pourrait le suivre à son tour.


Indices de confiance des consommateurs US

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Source : Refinitiv Datastream/Stock Board Asset, 2019

Clé de l’économie américaine, la confiance des consommateurs évolue sur des plus hauts de 20 ans. Tout comme en 1998/99 ces indices se stabilisent sur leurs plus hauts après un mouvement haussier historique. La suite semble somme toute logique : si la confiance du consommateur se retourne, les marchés pourraient tanguer.


Taux de chômage aux USA

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Source : Charlie Bilello, juin 2019

La même logique s’applique au taux de chômage américain. Evidemment que le marché du travail à l’instant T semble robuste, au plein emploi. Simplement, alors que le taux de chômage a passé plus de 12 mois autour des 4%, quelle semble être la suite logique au vu des 10 dernières phases du marché du travail américain depuis 1950 ci-dessus ? Une remontée du taux de chômage, très probablement couplée à une période de net ralentissement voire d’une récession. Aussi, les publications macroéconomiques des prochains mois seront à suivre avec attention.


Echanges internationaux depuis 2012 en données trimestrielles

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A l'échelle planétaire, les échanges ralentissent, la machine se grippe. Le commerce mondial recule pour le troisième trimestre d’affilée.


Révisions des bénéfices des actions du MSCI World

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A l'échelle planétaire encore, les révisions des bénéfices opérées par les analystes se font dans des proportions historiques. Evidemment que les sociétés battent le consensus au second trimestre, ce dernier avait chuté drastiquement en amont des publications. Nous en profitons pour rappeler que les bénéfices des entreprises américaines sont attendus en baisse de 2.6% ce trimestre, ce qui semble passer inaperçu. En d’autres termes, le ralentissement est déjà là et le potentiel haussier des indices dans un tel contexte semble menacé.


Indice SP500 depuis janvier 2018

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Source : Prorealtime au 31 juillet 2019

Pour finir justement voici l’indice directeur américain depuis son pic de janvier 2018 (lorsque l’indice de la capitalisation boursière mondiale a inscrit son dernier record). Nous sommes bien évidemment d’accord pour constater sa résilience, la tendance de fond haussière et le fait qu’il inscrive de nouveaux records historiques. Simplement, vous noterez à quel point il a eu à chaque fois du mal à dépasser ses plus hauts précédents, à quel point chaque nouveau record marginal est souvent suivi d’une consolidation voire d’une correction. Ajoutons à cela la pertinence de l’oblique sous laquelle les cours viennent de buter, il semblerait que le potentiel haussier ait été épuisé après plusieurs semaines de hausse au début de l’été.

Notre conclusion sera la même que dans notre mise à jour du 5 juillet dernier, un tient vaut mieux que deux tu l’auras. L’investisseur prudent profitera de l’embellie récente pour sécuriser ses positions avant de partir en vacances. Il peut prendre une partie de ses bénéfices, remonter ses stops, alléger des positions moyen terme, couper ses positions court terme et ainsi profiter de l’été l’esprit tranquille. Nous ne sommes pas à l’abri d’un réveil de la volatilité.

Auteur

Nicolas Chéron

Nicolas Chéron est diplômé d'un Bachelor of Business Administration (BBA) en Marketing & Management International obtenu à l’EDHEC Business School. Il a commencé sa carrière en 2008 en rejoignant ZoneBourse en tant que Co-responsable de l'équipe recherche. En 2010, Nicolas Chéron intègre l'équipe de FXCM, où il occupe le poste de Stratégiste de marché avant de devenir Responsable du département recherche DailyFX. En avril 2015, il poursuit son travail chez CMC Markets France où il est en charge de l’analyse sur toutes les classes d’actifs.

Nicolas Chéron est également l’un des membres fondateurs des Econoclastes, un Think Tank au sein duquel il souhaite favoriser la vulgarisation et la démocratisation de différents concepts économiques et boursiers.

Depuis Septembre 2017, Nicolas Chéron est Responsable de la Recherche Marchés pour Binck.fr. Il a pour missions le développement d’émissions vidéo en direct sur l’actualité économique et boursière ainsi que la rédaction de points de marchés réguliers publiés sur le site Binck.fr.

© Photo Philippe Dureuil