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Le charme discret des actions versant des dividendes

Article achevé de rédiger le 5 avril 2019

Écrit par Franck Pauly | 3 minutes
JEU. 09-05-2019

Le rendement est négatif pour près de 20% des obligations mondiales, et une proportion encore plus importante en zone euro. Plus globalement, avec des rendements des obligations très faibles à cause de la persistance des politiques accommodantes des banques centrales, les dividendes des actions versés par les entreprises peuvent retenir l'attention des investisseurs

Avec des taux d’intérêt qui restent proches de zéro, le coupon annuel vient en effet gonfler la performance des placements en actions. C’est ce qu’on appelle le « rendement » d’un titre : il se calcule en divisant le montant du dividende par action par le cours de l’action. Les « valeurs de rendement » procurent des revenus réguliers (ou non en cas de non distribution de dividendes), un peu comme une obligation.

Et l’écart n’a jamais été aussi grand entre actions et obligations : le rendement du dividende d’une valeur du CAC 40 est aujourd'hui de 3,2%, contre 0,23 % pour l’ Obligations Assimilables du Trésor  (« OAT ») à 10 ans, l’emprunt de référence de l’Etat français. En 2018, les entreprises du CAC 40 ont dégagé 91,2 milliards d’euros de profits, en légère baisse de 7,4 %, selon le pointage annuel du cabinet PwC. Leurs dividendes, qui ont atteint 46,5 milliards l'an dernier selon une étude réalisée par La Lettre Vernimmen, devraient encore progresser cette année à un montant record, dépassant le pic de 43 milliards touché en 2007.

Une alternative intéressante et défensive

 

 « Dans des marchés chahutés, le dividende est ce qui reste quand l’investisseur a tout oublié », résumait Eric Labbé, gérant actions thématiques chez CPR AM dans une étude publiée fin décembre. Selon lui : « Pour 2019, la stratégie haut dividende est donc une alternative intéressante dans le cadre d’une gestion action défensive dans un marché volatile. »

 

Car il faut retourner aux fondamentaux : pour un actionnaire, le prix d’une action n’est autre que la valeur actualisée des dividendes futures. « Or les dividendes, véritables instruments de communication de l’entreprise vis-à-vis de ses actionnaires, sont bien moins volatils que les bénéfices et bien mieux pilotés en phase de récession, ce qui donne un caractère défensif à ce type de stratégie, » analyse Eric Labbé,

 

Or les entreprises distributrices de dividendes, ont été plutôt délaissées ces dernières années, à tel point qu’elles sont au cœur des stratégies de gestion « value » à la recherche de titres décotés. Ce sont des entreprises appartenant en général à des secteurs dont l’activité est solide et pérenne, dans des marchés présentant des barrières à l’entrée, positionnées sur des métiers bien établis, comme les services aux collectivités par exemple. Avec des bilans sains, et une récurrence des revenus permettant précisément de verser des dividendes. Car le critère majeur dans la sélection des titres à  coupons élevés est la régularité du versement. 

 

Cela dit, une action de rendement, reste une action et donc un actif risqué. Avec une volatilité des cours potentiellement élevée, contrairement à une OAT à laquelle on peut comparer ce type d'actions.

 

350 milliards d’euros de dividendes versés aux actionnaires européens

 

L'Europe n'est pas en reste. D’après l’édition 2019 de l’étude d’Allianz GI sur les dividendes, les entreprises de l'indice MSCI Europe devraient verser environ 350 milliards d’euros à leurs actionnaires cette année.

Avec un rendement moyen d’environ 3,8%, les entreprises européennes sont plutôt généreuses pour leurs actionnaires. Surtout, ce rendement, est un bon parachute en cas de baisse ou de difficultés des marchés, car il est acquis, une fois engrangé. Et assure une bonne partie du rendement à long terme.  Selon l’étude d’Allianz, les dividendes ont contribué à hauteur d’environ 41% au rendement total des actions européennes depuis 1973, contre environ 1/3 en Amérique du Nord et en Asie-Pacifique.

Outre ce rendement sécurisant, l'étude d'Allianz souligne également que les actions à dividende élevé affichent une volatilité bien inférieure à celles des entreprises versant moins de dividendes. Un facteur stabilisant dans un portefeuille à long terme.

Auteur

Franck Pauly

Franck Pauly, journaliste financier indépendant, est aujourd'hui gérant à FAP Conseil. Anciennement rédacteur en chef des pages « Vos Finances » à la Tribune de 2004 a 2011, et rédacteur en chef adjoint des pages « Bourse » de 1999 à 2004, il a préalablement été chef de rubrique banques au sein d'Investir pendant 5 ans et chef de rubrique bourse patrimoine et coordinateur d'enquêtes nationales au sein de Capital. Il a débuté sa carrière en tant que correspondant financier en langue anglaise à l'agence Reuters (bourse, résultats, macro-économie) à Paris, puis comme correspondant à New York pour AFP-EXTEL News.

Il est également professeur de journalisme économique à l'Université Aix-Marseille et enseigne pour le Master Information et Journalisme Économiques à Sciences Po Rennes.

Il est diplomé de l'IEP de Paris, de l'Université de Nice et de New York University.