Analyses

Blog de la bourse en ligne

L'or reste-t-il une valeur refuge ?

Article achevé de rédiger le 4 juin 2019

Écrit par Franck Pauly | 5 minutes
MER. 03-07-2019

L'or n'a pas vraiment brillé de tous ses feux ces derniers temps. Mais, avec un regain d'incertitudes liées à la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine et les risques de ralentissement de la croissance mondiale, il a tout de même repris un peu d'éclat avec un gain de 4,2% environ en un mois au moment de la rédaction de cet article. Mais sur un an, l'once de métal jaune, actuellement aux environs de 1 325 dollars, gagne à peine 2,4% et environ 6,3% sur 3 ans.
L'or aurait-il donc perdu son statut de "valeur refuge" ?

Des facteurs de faiblesse...

Certes divers facteurs expliquent la relative faiblesse des cours.

En premier lieu, investir sur l’or implique un placement dans un actif qui ne rapporte rien, puisqu'il ne verse pas de dividende contrairement aux actions et n'assure pas davantage de rendement régulier comme une obligation … mais laisse l'espoir d'une plus-value grâce à l'appréciation en capital.

Outre son côté défensif face aux craintes de baisse des marchés, l'or est aussi considéré comme une protection contre l'inflation. L'or est censé conserver sa valeur en particulier lorsque les prix en général s'envolent. Mais après la crise financière de 2008, les grandes banques centrales mondiales ont inondé les marchés d'argent frais, laissant peu de place à un retour de l'inflation.

...face à différents éléments de soutien des cours

Pour autant, l'or reste un actif recherché, avec une demande en hausse de 15% en moyenne par an depuis 2001. Outre la demande de joaillerie, notamment en Inde et en Chine, mais aussi de la part des investisseurs, institutionnels comme particuliers, alors que les achats des ETF sur l'or qui se sont développés depuis le début des années 2000 soutiennent les cours.

La demande mondiale d’or a progressé de 7% au 1er trimestre 2019, tirée par les achats effectués par les banques centrales. Elle s’est établie à 1 053 tonnes au 1er trimestre 2019, contre 984 tonnes sur la même période de 2018, selon les derniers chiffres du World Gold Council.

La composante la plus dynamique provient des banques centrales, avec 145 tonnes achetées au premier trimestre (+68% par rapport à un an auparavant), enregistrant le meilleur début d’année depuis 2013. Sur un an glissant, ce chiffre atteint 715 tonnes, un record absolu, selon le World Gold Council. Ces banques centrales, en recherche de diversification de placements hors dollar, - notamment à cause des incertitudes liées à l'évolution du dollar face aux tweets quelquefois ravageurs du Président américain, Donald Trump -, sont très demandeuses d'or.

Mais la demande joaillère n'est pas en reste (530 tonnes), pas plus que la demande d’investissement (298 tonnes) qui progressent toutes les deux de 1% par rapport au premier trimestre de l’année dernière. La demande de l’industrie électronique recule cependant de 3% pour s’établir à 79 tonnes.

Le métal jaune est donc tiraillé entre divers facteurs ne jouant pas dans le même sens. " L’or demeure au centre d’éléments contradictoires qui l’empêchent d’amorcer une tendance bien définie. L’anticipation par le marché d’une inflexion prochaine de la politique monétaire de la Fed et le maintien des taux réels US à un bas niveau constituent des éléments de soutien solides pour le métal jaune. En revanche, la vigueur persistante du dollar US continue de peser sur la tendance. La réapparition de l’aversion au risque des investisseurs pourrait être le juge de paix," résume bien Arnaud du Plessis, gérant thématique spécialisé sur l'or chez CPR AM, dans son "Focus or et mines" de la mi-mai.

Toujours du potentiel

Pour les spécialistes, un potentiel de hausse demeure. UBS, dans une récente publication, estime que l'or, qui permet de réduire la volatilité d'un portefeuille, pourrait atteindre 1 350 dollars l'once d'ici trois à six mois, et 1 400 dollars d'ici un an.

Pour Benjamin Louvet, Gérant matières premières chez OFI AM, "l’endettement public élevé des économies occidentales rend improbable toute hausse des taux d’intérêt réels. Un élément de soutien à l’or pour des investisseurs en quête de diversification." Il explique dans son "Focus stratégie" de fin mai que "l’attrait pour le métal jaune devrait se poursuivre, d’autant que la baisse des rendements aboutit à une situation où de plus en plus d’Etats, et même d’entreprises, émettent des obligations offrant des rendements proches de zéro – voire négatifs, y compris sur des échéances relativement longues."

Et OFI AM dans sa revue des perspectives 2019 des métaux précieux publiée en février évoquait des cours de 1400/1450 dollars pour cette année. Mais en cas de nouvelles tensions découchant "sur des politiques encore plus accommodantes des banques centrales, un objectif minimum de 1550 dollars parait réaliste".

Pour conclure, l'or reste un facteur de diversification de ses investissements et peut mériter une petite place dans un portefeuille diversifié pour un particulier. Si ce n'est plus vraiment la valeur refuge par excellence, ce métal précieux reste si ce n'est une sorte d'assurance, en tout cas un parachute dans les périodes de baisse des marchés financiers.

Auteur

Franck Pauly

Franck Pauly, journaliste financier indépendant, est aujourd'hui gérant à FAP Conseil. Anciennement rédacteur en chef des pages « Vos Finances » à la Tribune de 2004 a 2011, et rédacteur en chef adjoint des pages « Bourse » de 1999 à 2004, il a préalablement été chef de rubrique banques au sein d'Investir pendant 5 ans et chef de rubrique bourse patrimoine et coordinateur d'enquêtes nationales au sein de Capital. Il a débuté sa carrière en tant que correspondant financier en langue anglaise à l'agence Reuters (bourse, résultats, macro-économie) à Paris, puis comme correspondant à New York pour AFP-EXTEL News.

Il est également professeur de journalisme économique à l'Université Aix-Marseille et enseigne pour le Master Information et Journalisme Économiques à Sciences Po Rennes.

Il est diplomé de l'IEP de Paris, de l'Université de Nice et de New York University.