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CAC40 : Juge de paix à 5 000 points

Article achevé de rédiger le 1er février 2019

Écrit par Nicolas Chéron | 5 minutes
LUN. 04-02-2019

Les chiffres macroéconomiques ressortent dégradés, les indices de confiance du consommateur aux USA et en Europe s’érodent, les résultats d’entreprise sont globalement en ligne et pourtant les indices remontent à pleine vitesse en quasi-ligne droite, remerciez (ou non) les banques centrales.

Ces dernières sont très actives en ce début d’année. La PBOC (Chine) stimule son économie dans des proportions historiques, Mario Draghi (BCE) a récemment rappelé la palette d’outils à sa disposition, et ce fut au tour de la FED ce mercredi 30 janvier de faire un pas vers une politique moins agressive. Il ne reste donc que peu de marge de manœuvre aux banquiers centraux à court terme, car en faire plus enverrait un mauvais message aux marchés. Les opérateurs devront désormais compter sur des résultats des sociétés mirobolants pour que la pression acheteuse puisse se maintenir dans les séances à venir, à moins que les vendeurs ne prennent la main justement.

En faisant une pause sur les hausses de taux et en étant prête à freiner la réduction de son bilan, la FED montre à quel point elle n’a pas confiance en ses propres prévisions de long terme et peut facilement réviser sa stratégie. Il y a peu son président, Jerome Powell, rappelait l’indépendance de l’institution américaine à Donald Trump et plaidait pour 3 à 4 hausses de taux en 2019 ; ce dernier fait aujourd’hui volte-face. Nous pensons que la FED perd de ce fait une part de crédibilité ce que les opérateurs pourraient intégrer tôt ou tard.

En annonçant une pause dans sa normalisation monétaire Jerome Powell a catapulté les indices américains sur de nouveaux sommets annuels. L’indice Dow Jones gagne 15% depuis ses plus bas en 6 semaines consécutives de hausse et 7% depuis le début de l’année. Il semblerait que l’euphorie fasse son grand retour, ce qui nous invite à la plus grande prudence. La volatilité est très élevée, des seuils techniques clés ont été atteints (MM200 jour sur le Dow Jones, le seuil psychologique des 5000 points sur l’indice français) et la saison des résultats bats son plein. En cas de mauvais chiffres économiques ou simplement par effet de prises de bénéfices, les indices pourraient aussi reculer sous les niveaux actuels.

Graphique journalier du Dow Jones Industrial Average

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Graphique du Dow Jones Industrial Average
Source : ProRealTime au 31/01/19

Lorsque nous avons constaté que la hausse engendrée par le discours de Jerome Powell avait permis aux indices de venir chercher des résistances de taille, la première idée qui nous est venue en tête ce matin du 31 janvier est « Buy the rumor, sell the news »*. Alors évidemment, si les opérateurs continuent de courir après le papier et que les 25000 points sont dépassés en force pour de bon, nous envisagerons une continuation haussière vers les 26000 points voire les records historiques. A contrario, les cours bloqueraient sous l’oblique haussière d’une magnifique figure ouverte dont la borne haute se confond (comme par hasard) à un seuil psychologique (25000) mais surtout à la fameuse moyenne mobile à 200 séances. Si les vendeurs doivent sortir du bois, c’est ici.

Même constat pour le CAC40 et la zone des 5 000 points. Nous y retrouvons la moyenne mobile à 100 jours (5 027 points), l’oblique baissière (en rouge ci-dessous), et un seuil psychologique : c’est ce qu’on appelle un cluster (regroupement de résistances ayant été définies par plusieurs types d’analyse). Si et seulement si le CAC40 devait dépasser les 5 030 points en clôture hebdomadaire, les 5 110 et 5200 points ressortiraient comme des objectifs haussiers théoriques. A l’inverse, sous 5000, les prix pourraient retracer une partie de la hausse de début d’année en direction des moyennes mobiles de court terme vers 4840 points, voire du gap haussier laissé ouvert à 4790 points le 18 janvier dernier.

Graphique journalier du CAC40 en données journalières

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Graphique du CAC40
Source : ProRealTime au 31/01/19

En conclusion, tout comme en 2018, nous ne cèderons pas à l’euphorie ambiante lorsque les prix s’emballent à la hausse. Bien au contraire, nous pensons que la volatilité est là pour rester et qu’il faut profiter des rebonds pour pouvoir prendre des bénéfices et se replacer plus bas… car jusqu’à preuve du contraire, la dynamique de moyen terme reste baissière et il faudra donc prudence garder dans les mois à venir.

Question à méditer pour la suite : « Pensez-vous réellement que le marché haussier le plus long de l'histoire (2009 – 2018) vient d'être suivi par le marché baissier le plus court jamais enregistré ? » (source : @OccupyWisdom)

* Acheter la rumeur, vendre la nouvelle

Auteur

Nicolas Chéron

Nicolas Chéron est diplômé d'un Bachelor of Business Administration (BBA) en Marketing & Management International obtenu à l’EDHEC Business School. Il a commencé sa carrière en 2008 en rejoignant ZoneBourse en tant que Co-responsable de l'équipe recherche. En 2010, Nicolas Chéron intègre l'équipe de FXCM, où il occupe le poste de Stratégiste de marché avant de devenir Responsable du département recherche DailyFX. En avril 2015, il poursuit son travail chez CMC Markets France où il est en charge de l’analyse sur toutes les classes d’actifs.

Nicolas Chéron est également l’un des membres fondateurs des Econoclastes, un Think Tank au sein duquel il souhaite favoriser la vulgarisation et la démocratisation de différents concepts économiques et boursiers.

Depuis Septembre 2017, Nicolas Chéron est Responsable de la Recherche Marchés pour Binck.fr. Il a pour missions le développement d’émissions vidéo en direct sur l’actualité économique et boursière ainsi que la rédaction de points de marchés réguliers publiés sur le site Binck.fr.

© Photo Philippe Dureuil