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Bourse : que faut-il surveiller cet été ?

Article achevé de rédiger le 11 juillet

Écrit par Franck Pauly | 4 minutes
MER. 31-07-2019

Le premier semestre 2019 en Bourse a été florissant… comme on n’en avait pas vu depuis bien longtemps. D’après la Revue de marché de juillet d’Unigestion, au cours des six premiers mois de l’année, les actions mondiales ont dégagé un rendement total de 17%, avec une grande dispersion selon les pays et les secteurs. Les actions américaines ont progressé de 19,6% et le CAC 40 a gagné 17,1%, tandis que les actions japonaises ont sous-performé avec une performance à un chiffre (+7,55%). Le MSCI World IT Services a enregistré un rendement impressionnant de 32,7% sur la période, mais le MSCI World Auto de seulement 6,8%. Dès juin, les marchés actions ont retrouvé des points hauts, soutenus par la perspective de politiques monétaires à nouveau accommodantes des banques centrales - aussi bien du côté de la Fed américaine que de la BCE européenne - et d’une désescalade dans les tensions entre les Etats-Unis et la Chine. Mais des incertitudes demeurent face à cette euphorie boursière. Que faudra-t-il surveiller cet été en bourse ?


Un premier semestre époustouflant

« Comme une machine à remonter le temps : la performance des grands marchés actions nous ramène plus de vingt ans en arrière et les indices n’ont pas connu un premier semestre aussi performant depuis la fin des années 90, tant aux Etats-Unis qu’en Europe », écrivait Bernard Aybran Directeur Général Délégué, Directeur de la Multigestion chez Invesco dans sa lettre « Tendance et allocation de juillet ». Il faut remonter à 1997 pour retrouver un premier semestre plus performant sur le S&P 500 et à 1998 sur le Stoxx 600. Invesco est neutre sur les actions européennes, mais positive sur les actions américaines et émergentes.

« Un mois de correction aura suffi pour digérer la hausse que les marchés avaient enregistrée en 4 mois et leur permettre de repartir de plus belle vers de nouveaux sommets, en tout cas pour les actions américaines et européennes, les emprunts d’Etat et les obligations privées. Les revalorisations de ces marchés au 1er semestre sont les plus fortes constatées en six mois depuis 2008, » résumait Vincent Guenzi, stratége de Cholet Dupont début juillet dans sa lettre mensuelle de stratégie d’investissement. Il reste « raisonnablement prudent à court terme » car « les marchés actions, malgré leur progression, ne nous semblent pas trop risqués mais le potentiel de hausse est limité à court terme. »


Le ralentissement de la croissance au cœur des inquiétudes 

Au-delà du bras de fer Etats-Unis/Chine, c’est le ralentissement de la croissance mondiale qui reste au centre des inquiétudes des boursiers. « Les Etats-Unis ralentissent brutalement, l’Europe et le Japon semblent leur emboîter le pas. Le président américain exacerbe les tensions commerciales et la Chine se rebiffe. L’été s’annonce brûlant sur les marchés actions. Mais les grandes banques centrales ont adouci la température avec des discours accommodants. Et vendre des actions, c’est bien souvent perdre du rendement : les taux sont si bas, » soulignent les analystes de Pictet dans une étude intitulée « l’été sera chaud » publiée en juillet. Globalement, l’équipe de gestion affiche elle aussi aujourd’hui une attitude prudente à l’égard des actions.

Autre point à surveiller : la géopolitique et le pétrole. Les tensions entre les Etats-Unis et l’Iran resteront au cœur des interrogations des boursiers car une nouvelle hausse rapide des cours du pétrole pourrait fragiliser les pays importateurs, au premier rang desquels l’Union Européenne et la Chine. Cependant, la Russie et les Etats-Unis jouant désormais un rôle central dans la production pétrolière mondiale, ce nouvel équilibre des forces pourrait permettre d’amortir tout choc. De nouveaux problèmes de circulation dans le détroit d’Ormuz restent tout de même envisageables…


Les résultats des sociétés : un bon baromètre

Au cours des prochaines semaines, les publications et les commentaires sur les résultats semestriels des entreprises constitueront très certainement un indicateur important pour mesurer l’ampleur du ralentissement observé dans les récentes statistiques macro-économiques. « Des déceptions trop nombreuses pourraient conforter les banques centrales dans la nécessité de maintenir leur politique de taux bas. Les marchés actions pourraient connaître une phase de volatilité tant les investisseurs semblent partagés un positionnement consensuel aux vues de la polarisation des valorisations. Si le niveau de valorisation actuel du marché peut sembler raisonnable, en réalité les sociétés offrant visibilité et croissance se traitent actuellement avec une prime historiquement élevée tandis que d’autres secteurs tels que celui des banques ou de l’auto ont rarement été si bon marché, » expliquait Gilles Guibout, responsable des actions européennes chez AXA Investment Managers dans son commentaire de marché de juillet.

Est-ce que l’environnement idyllique de ces dernières semaines va durer cet été ? « Les idées gravitant autour d’un environnement « Boucle d’or » sont au cœur de notre feuille de route, écrivent les analystes de BNP Paribas AM dans leur « Allocation d’actifs » de juillet, depuis un certain temps et nous continuons à percevoir des conditions économiques « ni trop chaudes ni trop froides » dans notre scénario de base. Ils recommandent d’acheter à la baisse ... ou de prendre ses profits suivant le cas : « Nous pensons que l’environnement actuel est propice à un comportement « buy dips », mais également à vendre en cas de progression excessive. »

BNP n’est pas la seule à penser ainsi. Si les valorisations ne sont pas nécessairement stratosphériques alors que les liquidités restent abondantes grâce à l’action des banques centrales, en cas de secousse, il peut effectivement être judicieux de prendre des bénéfices au moins partiels. Unigestion dans sa Revue de marché de juillet souligne ainsi « qu’il faut être prêt à prendre ses bénéfices ». Cette société de gestion qui surveille de près les risques macro, le sentiment du marché et la valorisation estime que si actuellement la situation est satisfaisante, « les prix sont un peu trop complaisants. C’est pourquoi, la situation peut changer radicalement et rapidement, et nous devons rester flexibles et être prêts à prendre des bénéfices afin de limiter la participation à la baisse. »

Auteur

Franck Pauly

Franck Pauly, journaliste financier indépendant, est aujourd'hui gérant à FAP Conseil. Anciennement rédacteur en chef des pages « Vos Finances » à la Tribune de 2004 a 2011, et rédacteur en chef adjoint des pages « Bourse » de 1999 à 2004, il a préalablement été chef de rubrique banques au sein d'Investir pendant 5 ans et chef de rubrique bourse patrimoine et coordinateur d'enquêtes nationales au sein de Capital. Il a débuté sa carrière en tant que correspondant financier en langue anglaise à l'agence Reuters (bourse, résultats, macro-économie) à Paris, puis comme correspondant à New York pour AFP-EXTEL News.

Il est également professeur de journalisme économique à l'Université Aix-Marseille et enseigne pour le Master Information et Journalisme Économiques à Sciences Po Rennes.

Il est diplomé de l'IEP de Paris, de l'Université de Nice et de New York University.