Marchés : les petites et moyennes valeurs sont-elles trop chères ?

Les PME-ETI enregistrent des performances boursières remarquables depuis le début d'année...


JUIN 2015
Par Aymar de Léotoing, Stratégiste marchés - Arkeon Finance

Les PME-ETI enregistrent des performances boursières remarquables depuis le début d'année : au 2 juin 2015 l'indice EnterNext PEA-PME 150 (indice représentatif des valeurs éligibles au PEA PME) gagne +19,9% et a même dépassé le CAC 40 qui n'affiche " que " +17,1%.

En utilisant les bénéfices estimés par les analystes pour les 12 mois à venir, l'indice EnterNext PEA-PME 150 affiche un ratio P/E (cours de bourse rapporté aux bénéfices nets) à 25x, contre une moyenne historique à 16x. À titre de comparaison, le CAC 40, composé de valeurs à moins fort potentiel de croissance, se paie 15x les bénéfices, contre une moyenne historique à 12x. Dans les deux cas, nous retrouvons des niveaux que nous n'avions plus connus depuis le début des années 2000 !
Petit rappel : en 2008 et 2011, les petites et moyennes valeurs se payaient moins de 10x leurs bénéfices.

Les petites et moyennes valeurs sont-elles trop chères ?

On peut donc légitimement se demander si les actions des petites et moyennes valeurs ne sont pas devenues trop chères.
Depuis le début de l'année 2015, en parallèle de la hausse des cours, les analystes ont revu à la hausse leurs prévisions de bénéfices pour 70% des sociétés de l'indice EnterNext PEA-PME 150… Mais pour revenir sur les niveaux de P/E moyens historiques de 16x, à cours constants, il faudrait des bénéfices encore 60% supérieurs aux anticipations actuelles ! Irréaliste, malgré les quelques signaux économiques encourageants pour les fondamentaux des entreprises et en dépit de la hausse des croissances prévisionnelles. Le segment PME-ETI apparaît donc cher comparé à ses niveaux historiques.

Pour autant, faut-il rester à l'écart des marchés ? Surtout pas !

Depuis fin avril, le CAC 40 piétine. Au-delà de la saisonnalité et de l'effet de consolidation consécutif à une période de hausse, plusieurs paramètres pèsent sur les marchés actions : les valorisations élevées des sociétés, les discussions sur la Grèce, et les attentes d'une hausse des taux américains. Le risque de correction sur les marchés est réel, et ce, davantage sur le CAC 40 que sur le segment des PME, réputées plus défensives. Plusieurs gérants de la place se sont d'ailleurs couverts contre une baisse brutale des cours.

Mais cette approche qui se voudrait relativement rationnelle ne tient pas compte du Quantitative Easing de la BCE dont les effets restent bien plus puissants. Les injections de liquidité dans l'économie européenne ne sont pas terminées, et elles ont un impact mécanique immédiat à la hausse sur les marchés, indépendamment des niveaux de valorisation. Cela plaide pour rester investi et jouer une hausse du marché des petites et moyennes valeurs à moyen terme, en particulier dans un contexte de taux faibles où seule la prise de risque permet d'espérer des niveaux de rendement corrects.

Il conviendra toutefois de rester vigilant et de sélectionner soigneusement les sociétés en prenant garde à leur valorisation et à leurs fondamentaux, car le jour où le Quantitative Easing s'arrêtera, l'impact sur les marchés sera brutal, et la qualité des sociétés fera, comme toujours, la différence.


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