Actions : bulle ou pas bulle

MAI 2015
Par Pierre Sabatier, Président - Primeview


Après une longue période de vaches maigres, les indices européens ont pris depuis le début de l'année le relais d'un marché actions américain à bout de souffle, entre nouvelles macroéconomiques décevantes, risques sur la soutenabilité des profits en lien avec la hausse du dollar et surtout des valorisations défiant la gravité. Cela peut-il durer ? C'est probable à moyen terme, notamment grâce à une Banque Centrale Européenne tirant inexorablement les cours boursiers vers le haut via son Assouplissement Quantitatif (ayant déjà permis à l'Euro Stoxx d'engranger +27% de hausse au premier trimestre…).

Graphe S&P 500 vs. EuroStoxx
Graphe S&P 500 vs. EuroStoxx

Pourtant, les investisseurs institutionnels européens font preuve d'un manque d'enthousiasme flagrant à l'idée de " monter dans le train ", notamment en raison des risques inhérents à la soutenabilité des marchés actions américains aux niveaux actuels. Ces craintes sont-elles exagérées ? Probablement pas, au moins à court terme. En effet, selon les normes historiques, la plupart des déterminants de l'évolution du S&P 500 semblent mal orientés et font état d'une bulle avec peu de précédents : ratio cours boursier sur chiffre d'affaire à son niveau de 2000 et 2007, révisions baissières des anticipations de bénéfices pour les années 2015 et 2016, et surtout une inquiétante dérive du ratio cours boursier sur bénéfices selon Shiller (à savoir retraité des éléments cycliques) par rapport à sa tendance de long terme.

Ratio Price to Sales du S&P 500
Ratio Price to Sales du S&P 500

Sur ce point, les comparables historiques sont éloquents : comme on le constate sur le graphique ci-dessous, depuis le début du XXème siècle, on dénombre seulement 7 épisodes où la dérive par rapport à la tendance a dépassé les niveaux actuels (1901, 1928, 1937, 1946, 1987, 1998 et 1999). La réaction des marchés à un tel excès a été binaire : soit un décrochage brutal et immédiat permettant à cet indicateur de valorisation de revenir autour de sa tendance de long terme comme en 1946 (-23%) et surtout en 1987 (-32%) et 1998 (-15%) ; soit une poursuite du gonflement d'une bulle de valorisation durant une grosse année (1928 et 1999) avant l'entrée dans un Bear Market, c'est à dire où les actions ont tendance à baisser, de grande ampleur au cours des années qui suivirent.

Graphe du PER selon shiller
Graphe du PER selon shiller

Dans ces conditions, si nous estimons que les conditions sont clairement posées pour que les marchés actions européens continuent à surperformer à moyen terme, la correction actuelle en provenance des Etats-Unis ne nous surprend pas, en particulier dans un contexte où Janet Yellen, la présidente de la Réserve Fédérale américaine, s'inquiète publiquement de la surchauffe des actions américaines. Pour autant, l'accès de faiblesse ne devrait pas durer : tant que la Banque Centrale Européenne privera les investisseurs institutionnels de la possibilité d'acheter des obligations d'Etats du Vieux continent, ils seront contraints de trouver des alternatives : les actions devraient en faire partie jusqu'à la fin de l'année. Après, cela sera une autre histoire…

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